5 billets comportant le tag lesbo 101

Lesbianisme 101 : Intérêts lesbiens au petit et au grand écran | Module 1 : #OITNB

Bianca, il est temps pour toi de commencer un nouveau cours de Lesbianisme. Celui-ci s’intitule : «Intérêts lesbiens au petit et au grand écran». Ce cours peut être considéré comme niveau 300 ou 400 dans les autres disciplines académiques, mais comme on est ici dans un domaine qui demande spécialisation, le cours est en fait de niveau 101. Après tout, c’est la base du lesbianisme que de savoir de quels films et séries parler avec tes consœurs Amazones.

J’aurais pu commencer le premier cours avec un classique du parfait cliché de la relation étudiante-professeure. J’aurais aussi pu y aller avec un film que tu as toi-même doublé, un des trop nombreux films lesbiens qui fini en DRAME. J’aurais pu y aller d’une série culte de l’univers lesbien. Cependant, j’ai décidé qu’il était bien pour toi d’entrer directement dans l’actualité. On gardera les classiques pour une autre fois.

Aujourd’hui, on va parler de la série de l’été: Orange is the New Black.
Comme c'est un cours, j'ai accompagné le tout avec un support visuel, question que tu comprennes plus facilement.

image

 

***/!\ AVERTISSEMENT /!\***

Il ne faut ABSOLUMENT PAS rechercher #OITNB sur Tumblr avant d'avoir vu la série. Les Lezblogueuses vont te gâcher toutes les histoires avec leurs GIFS et leur amour des scènes chaudes.

Maintenant que tu es avertie, commençons.

Cette série est de type comédie/drame, alors son écoute t’entrainera dans une large variété de sentiments: pleurs, rires, rage, empathie, impuissance, etc.

Il faut mentionner qu’elle est basée sur un livre du même titre. Lors d’une année en prison, une femme blanche de famille aisée, pseudo-blonde, éduquée, fiancée, hétérosexuelle, n’ayant aucune préméditions biologique ou sociologique à la détention, décide de mettre son temps à profit et d’écrire sur son expérience.

  

image

Le personnage principale, Piper, est donc construit à partir de l’auteure. Bien sûr, plusieurs éléments ont été changés autant chez elle que dans l'entourage: des personnages ajoutés, des intrigues correspondant plus aux intérêts du public américanisé… De ce que j’ai pu voir, dans les réactions sur le livre, c’est que, comme c’est la perception d’une femme qui, si elle n'avait jamais été dénoncée, n’aurait sans doute jamais été victime de profilage de la part des autorités ou simplement soupçonnée d’un passé criminel, c’est parfois un peu lourd à lire. Dans le sens: je roule mes yeux en signe de découragement. Cette femme a peut-être plus d’éducation que quiconque des détenues, mais il lui manque une chose clé dont les autres sont toutes munies: le vécu.

Elle n’a pas été victime d’oppression au même niveau que les autres qui partage maintenant son environnement. Mais, elle au moins, elle est considérée comme une femme. Elle n’est pas exclue des mouvements féministes populaires qui nous font croire que la série Girls est une série féministe qui montre enfin tous les types de femmes… blanches… début vingtaine… hétérosexuelles, aidées financièrement par leurs parents…

En gros, ça fait en sorte qu’on l’aime moins et qu’elle n'est pas vraiment à plaindre.

J’étais curieuse de le lire avant de voir les commentaires. Finalement, j’ai perdu envie parce que je me disais que ce serait Simone De Beauvoir all-over-again.

*Flashback*
« Je n’ai jamais été victime d’oppression de la part des hommes. Sociologiquement, on pourrait dire que j’en suis un. J’ai plus d’éducation que vous toutes pour qui j’écris un livre en abordant un sujet que je n’ai jamais expérimenté, mais je le fais dans un vocabulaire si aristocratique que mon intellect sur-développé restera dans les mémoires du temps à jamais. C'est si avantageux d'avoir les moyens de me payer une place dans la haute société. J'ai droit à tout plein de privilèges réservés habituellement aux hommes seulement. Ça me permet de vous exposer mes compétences intellectuelles dans des ouvrages analysant ce que vous, infériorités de cette planète, n’avez l’intellect de même comprendre. En fait, vous ne pouvez même pas écrire. Ha!Ha!Ha! Et vous payer des cours pour lire, ce serait de la folie! D’abord, vous n’avez guère les qualifications requises pour décrocher un emploi autre que bonne à tout faire. Ne rêvez surtout pas d’un jour atteindre mon niveau intellectuel! Jamais, dans votre vie, vous ne saurez comprendre la complexité des mots que j’invente Bla! Bla! Blahhh! »

Je m’égare. Reprenons.

imageHumm… 

OK! On reprend:

L’emprisonnement de Piper est en lien avec un crime qu’elle a commis, une fois, il y a dix ans, alors qu’elle était dans sa phase rebelle. Elle était alors lesbienne et fréquentait une marchande de drogue, Alex AKA Karla Homolka, qu’elle croise dans la prison en arrivant (dans la série, mais plus tard dans le livre). Depuis, elle semble être devenue l’opposé de ce qu’elle était: une bonne petite fille suivant le beau petit chemin qu’on lui a tracé, à elle et les autres petites filles, dès l'échographie, moment où on lui a assigné un genre et une vie: études, mari, bébé, maison… Du moins, c’est la direction où elle se dirigeait avant que son passé ne refasse surface pour l’emmener dans ce paradis des lesbiennes droguées.

 image

C’est ce qui est critiquable de la série: elles ont souvent l’air d’avoir vraiment trop de plaisir pour des femmes emprisonnées. Par contre, comme la série ne se veut pas comme une docu-fiction, mais plutôt moitié drame, moitié comédie, le but premier n’était donc pas de représenter le plus réellement possible la vie dans les centres de détentions pour femmes.

Un problème alors?

C’est qu’on nous montre trois groupes ethniques: les Noires, les Latinas et les Blanches. Dans le fond de la cafétéria, il y a une Asiatique, seule, qui ne parle jamais.

Les États-Unis sont reconnus pour leur profilage racial dans sa «justice blanche». Aucune femme d’origine perse, arabe, ce qui étonne puisque les américains sont devenus crack-pot après le 9/11, et aucune femme d'origine sud-asiatique. Et surtout, il n’y a aucune femme Autochtone. Encore une fois, on ignore l’existence de ces dernières, on les mets de côté, on les efface, comme si elles n'avaient jamais été là, comme si elles étaient complètement disparues (sauf dans les H&M, la mode Native devient de plus en plus déplacé), c’est révoltant!

Mais bon, ceci étant dit, quand tu regarderas la série, tu la regarderas avec tes yeux d’amazones. L’environnement carcéral n’aura qu’un seul rôle pour toi: t’initier à quelques fantasmes lesbiens de l’interdit. Ça viendra se joindre à la liste, avec «relation lesbienne avec femme [hétéro] mariée» et les fameuses mises en scènes dans les écoles de filles.

Ah! Parenthèse.

Dès le premier épisode, il y a un placement de produit pour ces merdes que sont les TOMS, chaussures au concept Argentin, volé par des Américains, fabriqué par des Chinois pour les donner à des Argentins (et autres enfants pauvres). La fausse charité à profit, c'est le mal. Ne te laisse pas avoir par ta groupiness d'amazone, n'achète pas! 

Fin de la parenthèse.

Lorsque tu verras Piper enfin reparler à Alex, ta vie changera complètement : tu vas comprendre à quelle point les hétérosexuelles détruisent des vies! Tu vas te mettre à détester Piper à un point tel que tu reconsidèreras probablement ta propre orientation sexuelle. Je te dis, ça peut fonctionner. Tu ne peux qu’être dans l’Équipe Alex, surtout lorsque tu découvriras que le fiancé de Piper c’est un… fourreur de tarte, littéralement. Jason Bigg est si difficile à prendre au sérieux quand son visage d'enfant nous rappelle constamment les situations ridicules dans lesquels on a pu le voir dans American Pie.

imageimage


Évidemment, elle ne sera pas la personne que tu détesteras le plus, il y a les supérieurs de la prison que tu voudras probablement tuer.

imageimage


E
t Pornstache, le gardien à la moustache plus garni que Ron Jeremy. Ce dernier est un professionnel pour tout ce qui est relié avec le le manque de classe, manque de respect, les abus de pouvoir, le harcèlement sexuel

Je préfère t’avertir tout de suite : j’espère que tu ne tomberas pas dans le piège au moment où on essaie de le montrer comme un tendre… parce que jamais ça n’excusera les gestes immondes qu’il a commis.  

imageCelui-ci n'étant même pas le pire… 


Puis il y a une détenue avec le pire trouble mentale qui puisse exister : elle est croyante extrême. Une croyante à la Westboro Baptist Church, qui entretient une haine avec tout ce qui ne concorde pas avec sa manière d’interpréter la Bible. Elle est donc l’ennemi numéro un de tout comportement lesbien. Elle gâche tout!

image

On ne comprends pas trop comment elle est passé de la White Trash aux avortements multiples à cette croyante si intense et passionnée. Surtout qu'elle utilisait d'abord la religion comme excuse pour réduire sa peine… Mais bon, je suppose que l'abus de crack dans sa vie antérieur l'a rendu plus crinquée que Donna Summer.

Tu vas voir, elle a beau avoir été la meilleure amie de Britney Spears dans une autre vie, cette fois, tu n’auras aucune pitié pour elle. Tu vas même avoir envie de revoir la scène du film où elle perd son bébé, en tombant dans les escaliers, encore et encore.  C’est ce que j’ai fait. Même que je t’ai préparé un GIF (gage d’amour lesbien) que tu pourras fixer le temps que tu désires, lorsque la haine t’envahira.


image
Le hochet, incarnation de la tragédie, un moment exquis

Je sais que ça peut te paraître sans-cœur de ma part pour l'instant, mais crois moi, un jour, cette merveille te fera sourire comme tu n'as jamais souris… promis!

Ne t'inquiètes point, ma chère Bianca, tu ne ressentiras pas seulement de la haine. En fait, tu tomberas probablement en amour avec plusieurs personnages durant ton visionnement. 

image

Tu seras même heureuse de voir qu'on peut enfin avoir un personnage transsexuel joué par une transsexuelle. Tu vas même souhaiter qu'elle soit désormais et pour toujours ta coiffeuse privée. Je sais que dans l'atteinte du zénith de ton excitement amazonien, tu auras probablement cette envie utopienne de trouver une version réelle de Sophia, mais ne laisse pas tomber Les Garçons Coiffeurs, Je ne voudrais pas que tu risque une crise lesbo-dramatique face à ton impossibilité à trouver cette femme parfaite aux critères un peu trop précis.

Maintenant, je te laisse te rendre sur Netflix et commencer la série. Je te propose par contre de te créer un Tumblr pour être dans le vent et voir la vie en GIF animés.

Lesbianisme 101 : Intérêts lesbiens au petit et au grand écran | Devoir: Lez Make it Happen! (Le coup d'envoi de Féminin/Féminin)

Bianca,

Je t'ai déjà parlé du site internet Lez Spread the Word. Tu as, sans doute, aussi entendu le nom de Chloé Robichaud, à maintes reprises durant l'année, avec la sortie de Sarah préfère la course

J'en conclu alors que tu as déjà, en ta matière grise, tous les éléments nécessaires pour être encore plus intéressée par ce que j'ai à te proposer comme devoir pour ce cours. L'équipe du site internet s'apprête à produire une série web de fiction réalisée par la fameuse Chloé Robichaud. Depuis qu'on en entend parler, on avait tous hâte que le projet ce concrétise. Le tournage du pilot aura lieu à la fin Octobre et pour l'occasion Lez Spread the Word organise une soirée pour le coup d'envoi: Lez Make it Happen

Malheureusement, mon application de pirate moderne synchronisant ton horaire du temps à mon calendrier Google me montre que tu n'es pas libre pour m'accompagner à cette délicieuse soirée. DRAME en mon cœur fragile. Comment aurai-je la quantité d'air nécessaire pour survivre à une soirée complète sans ta douce compagnie? J'imagine que je n'aurai qu'à faire comme à tous les autres jours et utiliser mon autre application, celle qui simule les conversations avec ton être divin, en utilisant des extraits sonores des différentes séries et films dans lesquels tu as joué ou pour lesquels tu as prêté ta mélodique voix, question de te savoir près de moi, malgré la distance physique nous éloignant depuis maintenant trop longtemps. 

Mais ne t'inquiètes guère, Divine Muse, je ne t'en veux point de ne pouvoir t'y présenter. Tu as encore plusieurs options pour te rattraper pour ton absence physique de l'évènement. Je spécifie «physique», puisque nous savons tous qu'en tant que Déesse Suprême de la Perfection Absolue, tu es par le fait même omniprésente dans nos esprits et surtout nos cœurs, qu'on accepte cet part de nous ou non. Ça commence par un simple devoir qui ne demande aucun efforts: suivre les développements via le site internet de référence lesbienne qui est au cœur de la production. Ce qui serait encore plus géniale, c'est si tu pouvais utiliser ton charme sans fin pour convaincre des gens privilégiés de ton environnement professionnel et social de participer au financement de ce merveilleux projet en faisant un montant à leur discrétion via la plateforme de dons en ligne.

Sur ce, j'espère au moins que tu pourras te présenter au prochain évènement en ma glorieuse compagnie. Jusqu'à ce moment, bons tournages, bons projets et prends soin de ta merveilleuse personne.

Love,
Sissi xoxo

Lesbianisme 101 - Intérêts lesbiens au petit et au grand écran | Module 3 : MTV’s Faking it

J’étais en train de me faire un marathon des épisodes de The L Word, en prenant des notes, pour monter mon module sur le sujet, quand j’ai soudainement pris une petite pause. À la base, j’avais dit à une amie que je l’attendrais pour regarder la nouvelle série de MTV “Faking it”, puis, j’ai finalement décidé d’écouter “juste” un épisode. C’est alors que j’ai vu ma soirée se terminer à 3h du matin, déçue qu’il n’y ait que 8 épisodes à la première saison.

Au début, j’étais vraiment froide à l’idée derrière la prémisse de la série: deux meilleures amies prêtes à tout pour être cool, prétendent être un couple de lesbiennes pour faire monter leur popularité. Du moins, c’est ce qu’on comprend de la bande-annonce. Très sensible sujet, sur lequel la moindre erreur dans le développement pourrait faire tourner l’idée en catastrophe. Il faut dire que j’étais prête à en faire un article rempli de haine, mais ça, c’était avant que j’apprenne qu’une des deux filles (Amy) réalise, dans le processus, qu’elle a réellement des sentiments amoureux pour sa meilleure amie (Karma).

 

BOOM.

Classique histoire lesbienne en format comédie romantique.

Vendue.

Il faut d'abord spécifier que Karma, celle qui ne se pose pas de questions sur son orientation, est celle qui est réellement obsédée par la popularité et l’attention, parce qu’elle est en amour avec le beau Liam, de qui elle ne connait absolument rien sauf qu’il est tellement beau qu’il peut avoir n’importe quelle fille de l’école. Ce genre de gars là, qui ne devrait jamais avoir de réplique dans les films d’ados, parce qu’on sait que dans la vraie vie, c’est le genre de gars auquel les filles inventent un coeur tendre pour se donner une raison de perdre leur temps et leur âme à essayer de les changer, pendant qu’ils se croient tout permis, parce que toutes leurs violences seront excusées par les straights aveugles et par de simplistes “ahh mais c’est parce qu’il est blessé”… ohhh s’il te plait, coupe la marde! (loi 101 lol < Oh que je me trouve drôle!)

Amy, elle, est simplement et complètement dévouée à son amie et ferait n’importe quoi pour la rendre heureuse, quitte à sacrifier son propre confort, ça c’est de l’amour! En réalité, elle se fout de la popularité et d’avoir plus d’amis ou de se faire inviter à la fête de untel ou unetelle, elle a Karma et ça lui convient parfaitement comme ça. Évidemment, elle est le seul personnage pour lequel on écoute la série, parce que les autres n’ont simplement pas de personnalité et tombent plutôt dans les caricatures superficielles, centrées sur elles-mêmes, à qui on ajoute parfois un élément ici et là, pour nous faire croire que les personnages sont complets. Bon, mis à part peut-être Karma, qui a comme… une demie-personnalité, qu’on retrouve dans sa relation avec Amy, mais qu’elle perd lorsqu’elle se met à parler de Liam ou de son image.

Dans quel genre de monde est-ce que de se faire passer pour des lesbiennes te monte au rang de populaire?

L’histoire prend lieu dans un espèce de fantasme créatif, j’ose croire, qui est une école dite tolérante (alors que ce n’est pas le cas, c’est une école qui accepte les différences et non pas « qui les tolère »), où les marginaux sont en fait les cool et où l’intimidation ne semble pas être un problème auquel on fait face. Les homosexuelles sont donc vues comme des rockstars, devenant automatiquement populaires. Un peu énervant à voir, lorsqu’on sait que ce n’est pas la réalité et que même dans les écoles les plus ouvertes, il est difficile pour les personnes gaies et lesbiennes de ne pas subir de la violence (peu importe sa nature). Mais d’un autre côté, c’est le plaisant de voir ce portrait idyllique de l’acceptation des différences. Par contre, justement, on assiste à un revers des choses, où les gens trop « normaux » sont invisibles. On se retrouve alors encore dans un monde superficiel où on essaie encore d’être quelque chose que l’on n’est pas: dans le cas présent: des lesbies. Du moins, sauf pour Amy qui le découvre en se faisant entraîner de force dans les désirs superficiels de son amie.

Les points hautement critiquables

Évidemment, comme tous/trop de séries Américaines, les personnages principaux sont tous blancs. Bien  sûr, on a balancé le tout en nous mettant des personnages secondaires diversifiés, il y a même une personne de petite taille… qu’on voit à deux moments seulement, pour moins de 30 secondes au total, mais elle est là.

On a choisi des acteurs qui entre tous dans les critères de beauté et de poids de la société. On a une fille grosse, mais évidemment, c’est une goinfre qui n’a pas d’esprit et qui est une des deux esclaves de Lauren, l’autre étant une Asiatique aux airs aussi idiots que la première.

 

Lauren est un personnage beaucoup trop cliché, une tentative de Regina George raté. C’est la fille du nouveau beau-père de Amy. Il fallait avoir un personnage en confrontation avec les autres, pour mettre un peu de danger, par contre, il y aurait eu d’autres moyens de développer un personnage antagoniste, sans toutefois qu’il tombe dans un cliché aussi dépassé. Évidemment, on lui a ajouté quelques éléments pour la rendre plus humaine, mais jamais plus complète. En fait, les auteurs ont l’air d’avoir attendu une deuxième saison pour créer des personnalités plus complètes derrière leurs personnages.

 

Liam, le bel hétéro, est un courailleux, qui dit être clair avec les filles sur ce qu’il veut: du sexe, pas de relation; et que ce n’est pas de sa faute si les filles s’accrochent. Bien sûr, en lui donnant un meilleur ami gai et une amie féministe, on donne une conscience sociale à l’adolescent, qui l’excuse automatiquement d’avoir été attiré par Karma juste parce qu’il la croyait lesbienne.

Shane, le gai qui a forcé Amy et Karma a « sortir du garde-robe », alors qu’elles n’étaient pas consentantes et ne s’auto identifiaient pas comme lesbiennes. Pour lui, il leur a fait une immense faveur, il en est fier. Le problème c'est surtout qu’il discute avec Amy (celle qui se posera ensuite des questions) dehors en lui disant directement qu’il était comme elle avant et qu’il avait peur de l’avouer, mais qu’après l’avoir fait, tout était mieux, pour lui, laissant l’audience croire que le gaydar de Shane fonctionne réellement.

Même si c’est dans un contexte humoristique, le mythe du gaydar est vraiment problématique, surtout quand les gais sont convaincus que leur cible fait partie de la gang et sont déterminés à prouver qu’ils ont raison. Parce qu’on va ce le dire, ce n’est pas réellement pour que l’autre ce sente mieux, en étant libre enfin, c’est simplement un trip d’égo pour avoir un point de plus à leur jeu. Parce qu’en aucun cas, une personne aussi intrusive et irrespectueuse ne va réellement aider quelqu’un à s’accepter. Le pire, c’est que même lorsque la personne dira qu’elle ne s’identifie pas comme gai/lesbienne et donc, que le pseudo-gaydar fait défaut, ces gens sont tellement convaincus du contraire, qu’ils vont parfois tomber dans le harcèlement. Alors, pour vrai: NON, le gaydar, non! Pour aider une personne, la seule chose à faire, c’est d’être à l’écoute, être ouverte et de laisser la personne prendre le temps qu’elle a besoin.. Pour le reste, ce n’est pas de tes affaires, surtout qu’il est possible que tu aies tort.

Parenthèse chialage non critique.
OMBG! Est-ce que c’est si capital pour MTV de mettre des ostifie de BEEP sur les « fuck, fucking shit, asshole. » C’est vraiiiment épuisant, puis on sait ce qu’ils disent pareil!

Fin de la parenthèse.

La sexualité

Chose dérangeante, je ne sais pas si c’est parce que la réalité dans les écoles secondaires a changé, ou parce que j’étais dans le déni pendant toute mon adolescence, mais les personnages ont des comportements se rapprochant plus de l’âge des acteurs (tous dans la 20aine), que des rôles qu’ils jouent (15 ans). On établi tôt dans la série que Karma et Amy n’ont pas « perdues leur innocence », mais Karma est déterminée à coucher avec Liam, peu importe dans quel contexte, pour enfin « devenir une femme ». Amy lui rappelle sans cesse qu’elle devrait prendre en considération le fait que sa première fois devrait être plus spéciale que de juste avoir des rapports sexuels sur la banquette arrière d’une voiture avec un gars qu’elle ne connait même pas vraiment, le tout pour une raison plutôt obscure. Suivant la logique du personnage, tout semble être pour l’image et la popularité. Les auteurs sont assez clairs sur le fondement du personnage de Karma. À un point on lui fait dire: « And so what if I like the hottest guy in school? I’m a fucking teenage girl. » C’est là qu’on a confirmé ce que je craignais: on la réduit à une adolescente sans capacité de penser, qui tient uniquement à des choses superficielles. Heureusement qu’elle tient aussi à son amitié avec Amy, c’est ce qui sauve le personnage.

Je suis avec Amy là-dessus. J’avais l’impression de voir des jeunes dans la début vingtaine (en fait, visuellement, c’était réellement ça) en pleine exploration sexuel, et pas des jeunes vierges de 15 ans. Ce n’était clairement pas un détail qui était pris en compte comme étant important par les auteurs et ça m’a dérangée. Surtout avec la finale.

Des premières fois où le consentement n’était pas réciproque ou clair (« Je n’ai pas dit non, mais je n’ai pas dit oui »), où le manque de respect et la violence étaient présents, où une des personnes n’était pas prête et recevait de la pression de l’autre, ou parfois des autres (je réfère ici à la pression sociale), où il y a eu un abus de confiance ou un abus de pouvoir (incluant toute situation où un profite de l’autre),  ça peut avoir un impact beaucoup plus grand qu’on ne l’imagine sur une personne. Et pour l’avoir vécue, je me questionne vraiment sur les raisons de mentionner la virginité comme ça, à la légère, sans vraiment la prendre en considération dans l’écriture. Je vois juste le message suivant: perdre sa virginité, c’est banal. Alors que, non, ça ne l’est pas. Pas non plus que je veuille ajouter une pression supplémentaire à tout ce qui tourne déjà autour de l’évènement de la perte de virginité. Tout est plus dans justement l’initiation aux rapports sexuels consentants, après avoir construit un lien de confiance lors d’une relation respectueuse (peu importe la longueur de la relation, tel n’est pas le point) où chaque personne est au même niveau de pouvoir sur les décisions qui concernent leur propre corps.

Malgré qu’on fait ressentir des émotions à Liam pour Karma, son objectif est toujours d’exprimer ses sentiments physiquement. L’objectif est toujours sexuel.

AMY

Avec tout ce que j’ai apporté comme critique, on se demande comment j’ai pu apprécier la série quand même. La réponse est simple: AMY! Malgré que l’histoire Karma-Liam prenne trop de temps d’antenne à mon avis, il faut tout de même dire que c’est intéressant d’avoir une série centrée sur un personnage de lesbienne, plutôt qu’une série avec une histoire saphique su’l’side.

 

Amy, on l’aime, parce qu’à chaque fois qu’elle rencontre un gars, elle a le goût de lui crever les yeux avec des ciseaux, elle est bitchy quand elle a faim, elle se fout de son statut social, elle déteste le secondaire, elle ne suit pas les effets de masse juste pour être comme tout le monde, elle est awkward, elle se fond dans le décor avec ses vêtements à la palette « terre », elle a apprend à s'affirmer devant sa mère et tout ce qu’elle veut, c’est retrouver sa vie d’avant, quand il n’y avait qu’elle et Karma dans leur univers.

 

Puis, je crois qu’au nombre de personnes qui ont déjà été en amour avec leur BFF, plusieurs pourront s’y reconnaître, et souhaiterons peut-être même avoir, elles aussi, pu au moins prétendre que la relation était plus que ce qu’elle est réellement, en tenant la main et en embrassant l’être aimé en publique.

En fait, je me suis demandé comment j’aurais reçu cette série-là si je l’avais écouté à 14 ans, à l’époque où mon seul but était d’avoir une amitié aussi forte que celle de Amy et Karma, mais surtout à l’époque où j’étais asexuelle et où je ne me posais pas de question que je considérais comme inutile, du genre « J’aime tu les gars où les filles? », parce que ma réponse était simple « J’aimerai qui j’aimerai quand j’aimerai, mais pour l’instant je n’aime pas, alors on s’en fout. J’VEUX UNE MEILLEURE AMIE. » Je me dis que si j’avais simplement eu cette meilleure amie idéale que je souhaitais tant, je me serais sans doute questionnée plus tôt.

Une chose qui est bien à savoir, c’est que le créateur, un homme gai, a publiquement dit que son intention était de garder la forte relation entre Amy et Karma, peu importe les difficultés, pour montrer comment leur amitié est plus forte que toutes les épreuves que les personnages rencontreront.

Je mentionne que le créateur est un homme gai, parce que je crois que c’est important dans l’approche prise dans la série. Son homosexualité aura peut-être été très utile pour traiter de cet aspect dans le développement de l’histoire, mais j’ose croire que si ça avait été créer par une femme lesbienne, on aurait pris différentes directions dans plusieurs situations. J’ai senti une conscience au niveau « gai », mais un manque de conscience du genre dans les personnages, surtout avec leur relation avec la sexualité. Il manquait quelque chose.

La suite

La chaîne MTV a annoncé, il y a une semaine, que la série revient pour une deuxième saison de 10 épisodes. J’ai hâte de voir comment on va rectifier le tir, il y a du potentiel, malgré les critiques que j’ai à faire.

Dans une entrevue avec Buzzfeed, le créateur, en parlant d’Amy, a dit : « And I really want her to be able to explore whether or not she’s attracted to men, and where that fits in her vision of herself and her sexuality. » Ce qui m’a énervée. Parce que, déjà, dans la première saison, Amy ne ressent rien pour aucun garçon, même celui avec lequel elle a le plus d’affinité, le seul à qui elle ne veut pas crever les yeux. Lui faire explorer le côté pour lequel elle ne se connait aucune attirance, avant d’avoir exploré celui pour lequel elle en a, je trouve ça plutôt décevant venant d’un homosexuel. J’ose croire qu’il ne voudrait pas faire que Shane explore les femmes un peu plus pour être sur qu’il aime les hommes. Les femmes lesbiennes se font tellement souvent harceler avec des phrases comme « si tu n’as jamais essayé tu ne peux pas savoir », « t’es sans doute tombé sur des mauvais gars, tu devrais essayer plus », puis avec cette maudite manie qu’ont les hommes à vouloir s’inviter dans le lit des lesbiennes, essayant sans cesse de contourner la notion de base, le consentement, c’est vraiment décevant de voir que même un homme gai entre là-dedans et ne comprenne pas la problématique. D'un autre côté, le personnage ne s'est encore jamais auto identifié, alors… 

Ça reste à voir. J’attends la deuxième saison avec impatience. En attendant, je vais me rendre au visionnement de la première saison de Féminin/Féminin, pour plus d’histoires de lez.

Féminin/Féminin ou « Ramdam goes to Isle of Lesbos »

Cet article est la suite du cours de Lesbianisme 101 – Intérêts lesbiens au petit et au grand écran | Cours 2 : Féminin/Féminin.



Bianca,

Ça fait maintenant un mois que tu l’attends, cette critique. Je sais, ç’a été long. Je vais t’expliquer pourquoi.

D’abord, je ne savais pas comment m’y prendre, par où commencer, sous quel angle aborder le sujet. Au départ, j’en ai même parlé avec ma grande sœur Amazone, on avait parlé de la possibilité d’écrire un article à deux, pour une autre plateforme. (Ne t’inquiètes pas, Bianca, je t’aurais tout de même mis le lien pour que tu puisses y avoir accès.)


C’était compliqué, parce que le milieu est petit, parce qu’on connait les femmes qui ont travaillé sur Féminin/Féminin, parce qu’on connait toute la passion et l’énergie qu’elles ont mise dans la réalisation de la série web.

C’était compliqué, parce que notre approche face à la lutte pour la visibilité lesbienne n’est pas la même que celle des femmes qui ont conçu la série. Parce que nous ne sommes pas simplement lesbiennes, mais aussi des militantes féministes et que les deux sont inséparables.


Puis il y a eu d’autres complications et écrire à deux, ce n’est pas trop facile. D’un commun accord, on a abandonné le projet en duo, mais j’ai quand même tenu à écrire un article « solo ». Reste que sans ma grande sœur Amazone, ce qui suit ne serait pas aussi complet.




Retour sur la première partie



J’ai été smatte, la première fois, j’étais excitée à l’idée qu’il y ait enfin une série, dont les personnages principaux sont toutes lesbiennes, qui soit faite ici, au Québec. J’ai dit que je faisais confiance à Chloé Robichaud, mais c’était peut-être un peu naïf de ma part.

Malheureusement, tout ce que j’ai apporté comme critique dès le premier épisode tient encore après le visionnement complet de la première saison. En relisant, j’ai réalisé que j’avais encore les mêmes malaises que durant le premier épisode.

Le manque de diversité culturelle, l’absence de butch et la pauvreté des dialogues ont encore été de grosses déceptions pour moi. Même, honnêtement, que ça m’a frustrée, carrément.

Je me disais que j’avais peut-être des attentes trop grandes, mais j’en suis finalement venue à la conclusion que je n’avais pas à excuser les sentiments que j’ai eus en visionnant la série, deux fois plutôt qu’une, pour être bien certaine que je n’exagérais pas dans mes commentaires après la première fois.




Oser critiquer



Un gros problème qu’on a, ici, au Québec, c’est qu’on n’ose pas critiquer (de manière constructive, pas juste pour provoquer et faire parler) ce qui se fait ici. Je ne sais pas si c’est une fierté nationaliste mal placée ou une crainte de tomber sur la personne de qui on a critiqué le travail en allant faire l’épicerie ou dans un évènement. Le milieu québécois est petit.

J’ai des sources qui m’ont raconté que c’est arrivé que des personnalités connues, pas contentes des critiques constructives qu’on avait fait sur leur travail, aient « pété une coche » à la personne qui l’avait fait, lorsqu’elles l’ont croisé dans un évènement X. Je veux dire, c’est complètement ridicule, et des histoires comme celles-ci ont pour effet d’instaurer une crainte d’être ensuite victime d’intimidation pour avoir dit publiquement ce qu’on n’avait pas aimé d’un projet Y.

C’est probablement à ça que je pensais lorsque j’hésitais à écrire sur le sujet, et à comment l’écrire. En plus, le milieu lesbien montréalais, c’est encore plus petit que le milieu artistique québécois.

Puis, plus j’ai attendu, plus ma pensée s’est radicalisée et j’ai senti une urgence d’écrire une vraie critique, pas juste un « c’est l’fun, c’est québécois pis ça pogne, pis en plus ça parle de lesbiennes fack c’est un acte militant. » (EUH, TA YEULE! Mais je reviendrai sur ces derniers mots plus tard dans le texte.)

Ce que je veux dire, c’est que ce qui suit est teinté d’une rage nécessaire, pas envoyée personnellement aux instigatrices du projet, mais à la forme et au résultat. J’ai lu la grosse majorité des articles qui sont sortis sur F/F et chaque nouveau propos me faisait bouillir intérieurement et j’ai décidé de ne pas m’en cacher. Je n’étais de toute manière pas capable de ne pas le laisser paraître dans mon écriture. Je crois aussi que ça fait aussi partie de la démarche que d’en parler avec émotions et passion, parce que c’est quelque chose d’important et que je n’ai pas à me sentir coupable de me sentir ainsi. Mes sentiments sont légitimes.

Je me justifie trop, passons à l’action:




L’écriture



Bon, oui Chloé Robichaud a un bon sens de l’esthétisme, les plans sont beaux, l’image est belle, ça contribue de beaucoup au résultat final.

Par contre, à l’écriture, il manque grossièrement de quelque chose. Je sais que c’est une série web, je sais que les épisodes sont courts, mais ce ne sont pas, à mon avis, des excuses. Je crois qu’il y a des choix qui ont été faits et qui ont affecté le développement des personnages et des histoires, comme, par exemple, le fait d’insérer des parties faux documentaire. (J’y viendrai)


J’aime les personnages complexes et complets, bien développés, et j’ai pu en trouver même dans des séries aux épisodes plus courts que ceux de Féminin/Féminin. Dans cette dernière, je n’ai pas vu des personnages, j’ai vu des situations. Pour avoir vu Sarah préfère la course, j’en conclus que l’écriture de personnages profonds, ce n’est pas la tasse de tisane de Chloé.

C’est un peu ça, les personnages de F/F. Ce sont des femmes lesbiennes, sans traits de caractère particuliers, dont on ne connait pas l’emploi et qui ne sont rien en dehors de leur couple et de faire la fête avec leurs amies. Okay, il y a Steph qui joue à la balle et… c’est à peu près ça.

Je veux dire, quand tu ne peux même pas t’amuser à deviner les signes astrologiques d’un personnage, c’est que c’est vide pas à peu près. Tout ce que ça prend pour faire l’association (de manière très approximative), c’est un trait (Ex. : Têtue? Taureau. Sensible? Cancer. Perdu? Gémeaux. Perfectionniste? Vierge.)

Puis, pour les dialogues, quand tes personnages sont vides, qu’est-ce que tu leur fais dire? Bah, rien. Alors, ça donne 40 000 malaises inutiles. Je veux bien croire que « les silences en disent plus que les mots » (1), mais à un moment donné, quand tout n’est que malaise et vide, tu ne développes pas grand-chose et tu ne peux pas donner des modèles aux jeunes lesbiennes, comme tu dis vouloir faire. Les lesbiennes ne sont pas des corps vides qui ne répondent qu’à la vie de couple et à la fête, il y a tellement d’autres choses qui nous animent, ce serait bien de le montrer aussi. J’ajouterais qu’il est possible d’être célibataire et lesbienne tout en étant heureuse. Une lesbienne n’a pas besoin d’authentifier son orientation en étant  « lesbienne avec » quelqu’une d’autre. On peut être lesbienne seule, en étant complète et heureuse.

Et pour ce qui est de l’histoire, il n’y a rien non plus, on ne parle pas d’enjeux, on a un personnage qui est gravement malade et tout ce qu’on fait, c’est qu’on s’en débarrasse jusqu’à la fin de la saison, pour ne pas avoir à développer. Je sais qu’on voulait éviter les histoires lourdes, comme trop de films se centrant sur l’histoire d’une femme lesbienne finissent en suicide ou en drame. Par contre, montrer des gens surmontant des épreuves, ce n’est pas lourd, c’est justement là où on aurait pu voir la beauté et le positif d’un couple qui reste uni, malgré les difficultés. Mais non. On effleure les choses sans jamais y entrer en profondeur. Il y aurait eu moyen de faire des choix dans le nombre de personnages ou dans le temps laissé au faux documentaire et à de longs plans à l’utilité discutable.

Je sais que ce sont des choix, et ce sont justement ces choix que je critique aujourd’hui.




Minorité de service



J’en entends déjà me dire : « Diversité culturelle, ouais mais il y a une femme Noire. »

On a un bel exemple de tokenisation, mot qu’on pourrait traduire par « personne oppressée/minorité de service » et dont la simplification extrême de la définition pourrait être : « utiliser une personne d’une minorité pour représenter son groupe entier », c’est aussi, au cinéma et à la télévision, une manière de réduire sa culpabilité de privilégiée et d’avoir l’air don’ inclusif en ajoutant un personnage secondaire (ou tierce) faisant partie d’une minorité.

C’est ironique de reproduire les mêmes schémas qui nous affectent aussi personnellement en tant que lesbiennes blanches. Bianca, ton personnage dans 30 vies, c’était un bel exemple de lesbienne de service. Le personnage n’avait même pas d’importance dans la série, 2-3 lignes par-ci par-là, mais ça fait en sorte que Fabienne Larouche a don’ bien l’air de travailler fort pour la lutte contre l’homophobie et elle peut gagner des prix et de la reconnaissance du public.

*Insérez ici un soupir accompagné d’un regard blasé.*



C’est un peu ce à quoi sert le personnage de Sam, de diversité culturelle, et aussi de femme atteinte du cancer du sein, pour montrer un enjeu auquel les lesbiennes peuvent faire face. On trouve le moyen de montrer sans en parler, et on se débarrasse du personnage 30 secondes plus tard, jusqu’à la fin de la saison, où elle revient, sans qu’on sache plus ce qui se passait avec elle.

D’un autre côté, je ne fais même pas confiance à Chloé Robichaud pour écrire un personnage de femme lesbienne blanche, ce que nous sommes toutes les deux, alors je la verrais mal écrire un personnage sur une réalité qu’elle ne connait pas.

Bref, pour ce point, je vais laisser les personnes concernées se prononcer.




Le pseudo militantisme



De lire qu’on qualifiait la création de Féminin/Féminin comme d’un acte militant en soi, ça m’a fait sautiller la rétine. J’ai de la difficulté à croire qu’une série entrant autant dans l’hétéronormativité peut découler du militantisme lesbien.

Je m’explique.

En entrevue, Chloé a dit: « Mon public cible n’est pas seulement les lesbiennes. Féminin/Féminin, c’est pour tout le monde. C’est une série qui parle d’amour au quotidien. Et tout le monde peut s’identifier à ça… »(2) Moi, j’irais jusqu’à dire que le public cible, ce sont les hétérosexuels (hommes particulièrement). Le « tout le monde » ne veut pas réellement dire tout le monde, mais « les hétérosexuels aussi ». C’est là que j’y ai vu un des plus gros problèmes. On a enfin une série créée par des femmes lesbiennes, écrite par une femme lesbienne, suivant des personnages de femmes lesbiennes, mais on réalise vite que ce ne sont pas les lesbiennes qu’on essaie de rendre heureuses en leur donnant enfin une visibilité, mais qu’on essaie de plaire à l’hétéronormal.

J’ai détesté les parties faux documentaires, puisqu’elles ne servent qu’à démontrer que les lesbiennes sont comme les hétérosexuels. C’est d’ailleurs la mission que Chloé Robichaud et Florence Gagnon répètent d’entrevue en entrevue.

Pourtant, je ne suis pas comme une hétérosexuelle, je suis une lesbienne, je n’ai pas besoin de me comparer à la norme pour qu’on m’accepte. Et ce n’est pas vrai que nous sommes toutes aussi plates que les hétéros, un peu de respect quand même. (Pfff, Bianca, écoutes-les pas!)

Je suis de l’arc-en-ciel, j’en ai rien à crisser du beige! J’ai été marginalisée, exclue de la norme, sortie de la boîte, et ce n’est pas de mon désir d’essayer de fitter dans la boîte, de m’y adapter, moi, ce que je veux, c’est la détruire, cette boîte exclusive là! Suffit d’essayer de se fondre à l’hétéronormativité de la société. Je ne suis pas hétérosexuelle, je ne le serai jamais et je n’ai pas non plus envie d’essayer de m’y mesurer sans cesse et de devoir prouver que je suis « comme eux », parce que je ne le suis pas. Je refuse qu’on utilise « hétérosexuel » comme synonyme au terme « normal ». Ça suffit l’éternelle comparaison. En faisant ça, on exclut toutes les lesbiennes qui ne vivent pas les réalités hétéronormées.

Je passe ma vie à me faire demander de justifier mon orientation sexuelle par des twits straights, est-ce que je peux me divertir en écoutant une émission abordant des réalités qui me concernent et ne pas sentir que c’est dédié à ces mêmes twits? Écouter ça ou confronter à un gars saoul qui ne comprend pas, ça génère en moi le même genre de frustration.

Puis, qu’est-ce qu’on a fait des butchs? On les a réduites à des clichés, à des stéréotypes, pour ne pas avoir à en parler. En plus, de ce que j’ai cru comprendre en écoutant les gens en discuter, au départ, c’était même dans les plans de ne pas montrer de lesbienne aux cheveux courts, parce que c’était « trop cliché ». Pourtant, on existe. C’est quoi? Sommes-nous trop « clichées » pour qu’on puisse parler de nous? Notre existence même est-elle remise en question? Sommes-nous réelles ou de simples stéréotypes de nous-mêmes?

Puis, le fait que la série porte le titre de « Féminin/Féminin », et qu’en plus on refuse de montrer des femmes qui s’éloignent des attentes d’expression de genre hétéronormatif de la société, on exclue ces dernières du terme « féminin ». Faut-il qu’au sein même de la communauté lesbienne, on se batte encore pour faire reconnaître notre statut de femme? Ce n’est pas la chevelure, le look, ni le corps qui font d’une femme une femme, c’est la manière dont elle s’identifie. Est-ce qu’il faut vraiment l’expliquer, encore? Je suis là, j’existe. Que faut-il pour qu’on cesse de m’ignorer, même au sein de mes supposées semblables?

Ce qu’on a fait ici, c’est qu’on a créé un idéal de la communauté lesbienne. On a sélectionné celles qui méritaient la visibilité et on a tassé les autres. J’y vois une sorte de lesbophobie intracommunauté, surtout avec les discours propagés dans les entrevues qui accompagnent la sortie de la série, ce qui me dérange beaucoup venant de personnes qui ont crées et travaille sur LSTW, dite « La référence lesbienne ».

Ma réaction n’aurait pas été si grande si on n’avait pas prétendu faire quelque chose qu’on ne fait pas. Ce qu’on fait réellement, c’est qu’on montre seulement les lesbiennes « invisibles », celles qui ont « l’air hétérosexuel », par souci de visibilité et de comparaison à l’hétérosexuelle moyenne, mais en évitant toujours de montrer les lesbiennes butchs, gothiques, tomboy, rockeuses, etc. ce sont elles qui deviennent les « vraies » lesbiennes invisibles.

C’est d’autant plus frustrant sachant que la série n’a pas été vendue à un diffuseur quelconque, afin de garder la liberté complète sur le contenu, elle est indépendamment diffusée sur son propre microsite. Ce qui veut dire que la censure, elle ne vient pas des hétérosexuels hauts placés, mais de lesbiennes. On avait une occasion en or de montrer une vraie diversité de lesbienne, mais on est passé complètement à côté.




Lesbiennes en folie



Parfois, j’ai l’impression que ça n’en prend pas beaucoup pour que les lesbiennes capotent sur quelque chose: tu leur donnes deux femmes qui s’frenchent, et c’est gagné.

En même temps, je me dis que c’est simplement parce que ce qui nous est offert est tellement minime qu’on est laissé avec l’impression qu’on ne peut pas critiquer. Je veux dire, même « The L Word », ce n’était pas bon, c’était mal écrit, les personnages étaient toutes des femmes privilégiées, richissimes, auxquelles on ne pouvait pas d’identifier, mais c’était tellement peu commun d’avoir une série centrée sur la vie de lesbiennes qu’on en a fait une série culte.

Je crois que c’est un élément majeur qui explique très bien pourquoi on a vu que des critiques positives de Féminin/Féminin. C’est vrai, c’est rare qu’une série se concentre sur le sujet. Alors, quand ça arrive, on sent une espèce de pression étrange de « t’as pas l’droit de chialer », alors que si on ne critique jamais rien, comment est-ce qu’on est supposé évoluer?

Le fait que la réalisatrice de Féminin/Féminin soit connue aide beaucoup à sa popularité, parce qu’on en parle dans les médias, on fait rouler l’information et la série se fait connaître d’un plus grand public. D’un sens, on avance un peu, côté visibilité sélective. Par contre, j’ai l’impression qu’on n’a pas pris en compte tout ce qui s’est fait comme avancement depuis plus de 10 ans. Je n’avais pas l’impression que Féminin/Féminin continuait là où « The L Word » (qui semble être la seule référence que les hétéros sont capables de donner) avait laissé, comme on a dit de la série, mais qu’on est reparti à zéro, en abordant les mêmes clichés (détruire le mythe des ciseaux, l’amour des chats, les déménagements précipités…) et en ignorant les mêmes réalités (voir plus haut).

Dans leur entrevue à V, Chloé Robichaud et Florence Gagnon ont parlé d’un « gap » qu’il y avait depuis un moment, côté visibilité lesbienne à l’écran, pourtant beaucoup s’est fait durant les 10 dernières années, les personnages de femmes lesbiennes à l’écran se multiplient et la situation s’améliore sans cesse. Ajoutons que plusieurs séries web ont été produites, mais pour le savoir, il faut les avoir cherchéees et comme elles ne sont généralement que connues des femmes lesbiennes et pas des hétérosexuelLEs, on ne compte pas leur popularité.

Au cinéma aussi, on a beaucoup évolué depuis les histoires tragiques à la The Children’s Hour (1961) et Lost and Delirious (2001). Il faut regarder ce qui se fait partout dans le monde, pas simplement dans le Box Office américain. À l’international, il s’est produit beaucoup de films de tous les genres mettant de l’avant des femmes lesbiennes, autant des comédies romantiques que des drames sentimentaux; même chose du côté des films à plus petits budgets. Ce sont des avancements non négligeables et ce n’est pas parce que ces œuvres sont moins connus des hétérosexuelLEs qu’il faut les ignorer.

(Et s’il vous plait, qu’on cesse de prendre La vie d’Adèle comme référence, qu’on donne toute la visibilité que mérite l’excellente bande dessinée Le bleu est une couleur chaude, mais qu’on arrête d’utiliser le produit d’un pervers qui se sert de l’art pour réaliser ses fantasmes personnels de domination et de pouvoir sur la femme. NON! C’est un cas de *Pause Vomi*)




Conclusion



Ce n’était pas évident à écrire comme critique, mais je crois qu’elle était plus que nécessaire. Au même titre où les critiques entre mouvements féministes sont essentiels à l’évolution de ceux-ci, une sérieuse remise en question des moyens utilisés pour la lutte à la visibilité lesbienne est inévitable si on veut aller de l’avant. Il reste beaucoup à faire et ça commence par un respect entre les personnes qui vivent les mêmes oppressions (à l’intersection du sexisme et de la lesbophobie). Il faut arrêter de créer une hiérarchisation des lesbiennes selon leur proximité à la norme hétérosexuelle. Toutes les lesbiennes méritent leur part de visibilité, même celles qui ne sont pas nos amies, même celles avec qui on ne veut pas être associées parce qu’on ne s’y identifie pas.

Les généralisations, les ignorants vont toujours en faire. Alors, que tu censures des parties de ta propre communauté pour leur faire payer pour l’image préconçue que peuvent avoir certaines personnes des lesbiennes, c’est complètement absurde et frustrant. Nous ne sommes pas responsables des éléments qui sont assumés par les gens, leur ignorance est à blâmer. Alors, pourquoi devons-nous payer pour?

J’ai parlé à plusieurs sœurs amazones qui, elles non plus, ne se sont pas reconnues dans la série, d’ailleurs je les remercie, chaque conversation que j’ai eue sur le sujet m’a aidée à clarifier mes propos et à les mettre en mots, après un mois de travail. Je les invite, elles et nos autres sœurs, à continuer la discussion, afin qu’ensemble on avance, plus loin, vers un monde où les lesbiennes sont présentes dans tous les domaines, en y étant visibles et fières, peu importe la catégorie à laquelle on les colle.

Finalement, Bianca, je ne suis plus du tout triste que tu n'aies pas eu de proposition pour jouer dans cette websérie. Plus le temps passe, plus je me dis que je devrais peut-être me mettre à l'écriture pour te faire un rôle à la hauteur de ton talent.