Lesbothon | Imagine Me and You

Imagine Me & You (2006)

Catégories: femme «hétérosexuelle», femme mariée, comédie romantique, lesbonormativité (x 1000)

Bon je l’avoue, c’est mon feel-good movie par excellence (après Spice World). Je le connais par coeur. C’est horrible, je sais. Honnêtement, c’est le pire film lesbonormatif blanc qu’on ne peut pas trouver. C’est super cliché. Plus je l’écoute, plus je le trouve mauvais, mais j’arrive pas à arrêter. Il correspond exactement à tous les critères des comédies romantiques sur le marché, sauf que celui-là, c’est avec deux femmes.

En bref :

Raisons de regarder:

  • PIPER PERABO
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  • LENA HEADEY
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  • Anthony Head AKA Rupert Giles! (Oui oui, le Giles de Buffy!)
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  • Edie <3 «Am I gay? I’m Ecstatic!» (Définitivement un personnage qui aurait du avoir une plus grande place dans l’histoire.)
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Raisons de ne pas regarder:

  • C’est écrit et réalisé par un homme.

  • La seule personne racisée est une femme Noire à la peau claire qui dit un maximum de trois phrases. Oh! Puis un enfant aussi… qui dit 3 mots et une autre femme dont on ne sait pas le nom et qui n’est là que dans le générique. Tou.te.s ont la peau très claire, le film est très clair, côté couleurs et image.

  • C’est encore l’histoire d’une femme dites hétérosexuelle («She’s not just heterosexual, she’s BARBIE heterosexual»), mariée avec un homme et qui tombe en amour avec une femme ouvertement lesbienne — i.e. rien de nouveau.

  • Cooper, le meilleur ami du mari. Explications plus bas.

  • Les deux actrices correspondent aux standards de beauté physique et d’expression de genre.

Rapprochements physiques

Si vous êtes du genre à ne pas aimer les films où tout ce que les femmes font, c’est se flatter, ce film n’est pas pour vous. Pour moi, par contre, c’est exactement ce que j’aime.

Je trouve que ce film, aussi quétaine soit-il, est un bon exemple de comment on n’a pas besoin d’avoir de grosses scènes physiques pour pouvoir ressentir l’intensité de l’attraction entre deux personnalités. 

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Il y a cette scène que j’affectionne particulièrement, où Rachel (Piper) et Luce (Lena) sont assises côte-à-côte et leurs petits doigts sont à quelques mm en parrallèle l’un de l’autre et on sent toute la tension; c’est parfait. 

Je n’ai pas besoin de les voir nues pour ressentir l’attirance et la connection entres elles. En fait, je dois avouer que lorsqu’elles s’embrassent, c’est plutôt décevant. On ressent plus de complicité lorsque la tension monte que lorsque le contact buccale ce fait.

Une question légitime à se poser, par contre, est celle-ci: est-ce que les rapprochements physiques auraient été semblables si Rachel était tombée en amour avec un autre homme? Est-ce que la réelle raison du peu de contacts physique n’est pas en fait lesbophobe plutôt que «pour respecter la légèreté du film» (la raison donné en entrevue)?

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Parce qu’on peut se faire du bien en s’imaginant qu’elles sont asexuelles, que les rapports sexuelles ne sont pas si important pour elles. Mais on sait très bien que ce n’est sans doute pas le cas. Parce qu’il y a tout de même des références à la sexualité. Même lorsqu’on ne la montre pas, la sexualité est omniprésente.

Le respect des limites

Contrairement à plusieurs autres films et séries, ici la femme ouvertement lesbienne, Luce, respecte toutes les limites qu’il y a à respecter dans la relation. Les deux femmes sont amies, Luce sait que Rachel est mariée et n’entreprend rien, pas de jeu d’esprit, pas de flirt insistant, rien. Je veux dire: elle ne s’avance même pas pour donner la bise si elle sent un malaise: Adéquate au max!


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En fait, c’est Rachel qui fait les tous les premiers pas. Ça fait changement de l’habituel harcèlement à la «j’suis lesbienne, j’su’ sûre que touée itoo, enweye don’ icitte qu’on s’french la face!» et ça, j’avoue, ça fait du bien. Autant pour les modèles positifs qu’au niveau du consentement.

Les séries comme The L Word montrent tellement de rapprochements problématiques, dont plusieurs s’apparentent plus à des agressions qu’à des jeux de séduction, que les personnes qui n’ont que celà comme référence de «techniques» de séduction et «d’introduction à la vie lesbienne» recréent ces mêmes comportements problématiques en croyant que c’est correcte, puisqu’elles ne font «qu’aider les femmes à découvrir leur ‘vraie’ orientation et être libres». Nope!

Le meilleur ami

Cooper, c’est le gars hétéro harcelant qui essaie de faire «changer Luce d’équipe». C’est réaliste, certes. Par contre, ce qui est très dérangeant, à mon avis, c’est qu’il soit utilisé comme élément humoritique dans l’histoire. Pourtant, il n’est pas drôle: il est violent, harcelant, lesbophobe, sexiste, irrespectueux… Luce est vraiment patiente de ne pas simplement lui câlicer son poing su’a yeule


Come on Luce! Connecte avec la Sarah Connor en toi!

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Ce n’est même jamais nommé comme étant un problème. Il est simplement le bon ami qui défend son best, même si ça implique d’user de sexisme, de slutshaming (parfaite ironie venant du personnage de «coureur de jupons») et de violence verbale, ce que les femmes queer vivent au quotidien. Malgré tout, on le peint comme un bon gars.

Cette obsession à faire de trou de culs des personnages amusants et attachants m’énerve au plus haut point. Ce ne sont pas des clowns mais des personnes violentes, il faut arrêter de faire l’apologie des violences «ordinaires» en les banalisant ainsi dans la culture populaire.

Gre!

Étiquette

Dans tous les films dans lesquels Piper Perabo joue une femme non-hétérosexuelle (bon, oui, je sais, je fais une généralisation avec deux films), elle refuse de se mettre une étiquette. En tant que lesbienne féministe, ça me gosse, parce que je considère que c’est important au point de vue politique. Ça m’énerve lorsqu’on ne veut pas utiliser les mots bisexuelle ou lesbienne (ou même pansexuelle) à la télé, je trouve ça hypocrite de se dire qu’on s’en fout et qu’on est juste en amour avec les personnes. Pour moi, ça invisibilise toute la discrimination qui se rattache à nos amours, justement, en évitant de nommer les différences.

J’veux dire, même en entrevue, elle dit «This is not a gay movie […] it’s a love movie». Pas faux, mais c’est les deux. Ne pas nommer la non hétérosexualité du film rend pas la société plus acceptante.

D’un autre côté, un de ses personnages était une adolescente et l’autre une femme mariée à un homme qui se découvre des sentiments pour une autre femme, donc qui voit son orientation nouvellement remise en question… alors je ne veux pas non plus forcer personne à s’identifier à une étiquette qui ne lui convient pas, même si les personnes sont fictionnelles.

Le mari

M’en va être smat avec un homme, watch out: Imagine Me & You est une des rares histoires du genre où le mari/fiancé/copain n’agresse pas la femme en apprenant la nouvelle. Dans plusieurs cas, on voit de la violence sexuelle, verbale et psychologique et, malgré le réalisme de la chose, ça fait mal à regarder. Si on peut se permettre quelque chose avec la fiction, ça devrait bien être la mise en scène de réactions respectueuses.

Avec Heck, c’est un bel exemple. C’est lui qui part. Il refuse que Rachel reste avec lui par obligation, surtout si elle aime quelqu’une d’autre plus qu’elle l’aime lui. Et malgré que ça peut sonner comme une réaction adéquate robotique, ça ne l’est pas du tout. On voit qu’il est blessé, il exprime des émotions qui ne sont pas de la violence dirigée envers Rachel ou Luce. Sa réaction est plutôt mature, même.

Mais est-ce qu’on lui donne des cookies pour avoir été pas violent? Nope, faut pas charrier quand même!

Le mythe de l’âme soeur

C’est pas que je ne crois pas que pour certaines personnes, il n’existe qu’un grand amour et tout le tralala. Mon problème, c’est avec cette idée qu’une personne seule est incomplète. 

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Le grand mythe romantique qui rend don’ bin difficile les séparations. Parce que: comment on est supposé vivre avec juste une moitié d’être? Comme si noues étions soudainement amputées de 50% de notre âme, qu’on pouvait pas être des êtres indépendantes, même lorsqu’en relation…

C’est probablement un des mythes les plus dangereux qui entoure l’amour, ça pis que le rôle des femmes est de guérir les bêtes avec leur amour, pour les transformer en prince.sse.s, ça crée des relations mauditement toxiques. J’en parlerai plus dans mon article sur Lost and Delirious, un autre film avec Piper Perabo.

Quelques citations (quétaines) de plus pour finir:

  • Rachel: «Byye»

  • Luce: «You’re a WANKER number nine.» 

  • Rachel and Luce: «Pew Pew! Pew Pew!»

  • Luce: «The lily means: I dare you to love me»

  • Luce: «Don’t forget me.» Rachel: «I won’t remember anything else.»
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  1. sissidelacote a publié ce billet