Souffrir et culpabiliser

TW: suicide, dépression, violence

J’ai atteint un point de narcissisme nécessaire. Ça me fâche d’être rendu à ce point-là, je culpabilise.

Ça faisait un bout que ma santé allait en dégringolant mais que je ne parlais pas, parce que les autres vivent de la déprime d’automne, alors j’écoute. Puis, y’a eu le suicide d’une personne près d’une presque majorité ami.e.s et connaissances. Je ne sais pas si je l’ai déjà croisé, je ne le connaissais pas personnellement. Mais son décès m’a frappé, comme chaque fois que quelqu’un.e meurt suite à la dépression et à la souffrance psychologique, la souffrance invisible.

Ça me «trigger» de plusieurs façons.  La principale, c’est par rapport à moi, à tou.te.s celleux qui souffrent en silence, ou celleux qui crient leur souffrance, mais que personne n’écoute. De voir des gens ébranlé.e.s, voire surpris.e.s, ça me fait perdre foi en l’humanité à chaque fois. Ça me fait penser à comment je serais en tabarnak de voir ça arriver de là-haut, de voir que ma douleur devient celle des autres seulement une fois trop tard. De voir que ma douleur devenir un événement tragique dans la vie d’autrui, de voir certaines personnes fâchées de les avoir «abandonné.e.s», alors que si je me rends jusque là, ce sera pas parce que j’aurai «gave up on life» mais parce que «life» aura «gave up on me».

Je me suis éloignée des gens, pendant le gros de leur deuil, je ne pouvais simplement pas supporter. Ça dépassait toutes mes limites de devoir être là pour elleux, de parler comment iels ont écrit à autrui pour leur dire qu’iels ne voulaient pas qu’iels meurent, qu’iels seraient là pour elleux… pendant que j’exprime m’a souffrance en poussant des cris sourds qu’on n’entend pas, alors que j’essaie de nommer mes limites et qu’on me reproche de ne pas être là… alors que j’essaie simplement de me protéger et de m’acharner pour qu’il n’y ait d’autres funérailles avant les Fêtes.

Ça m’insulte, ça me fâche, ça me blesse et ça m’écrase dans une solitude et un silence encore plus destructeur.

Puis, j’ai laissé le temps passer, en me disant que je laisserais la place aux gens de vivre leur deuil, que mon tour viendrait, éventuellement, qu’on pourrait parler de moi.

Et là, y’a eu les événements à Paris. L’hypocrisie mondiale. C’est bête ce que je vais dire, mais c’est là que j’en suis rendu: ça m’a simplement faite chier parce que y’a toujours un événement tragique qui arrive, y’a toujours quelque chose d’autre dont il faut jaser, je dois toujours être reléguée au rôle d’oreille et je suis simplement épuisée, vidée… j’en peux plus. Y’a eu que ça pour moi, en 2015.

C’est horrible d’en arriver-là, de culpabiliser, d’être presque jalouse de la souffrance des autres, parce qu’elle est visible, parce qu’elle est prise en compte, parce qu’elle est comprise, parce que c’est accepter de la partager en publique, parce que ça passe pas pour du chantage émotif ou de l’hypersensibilité….

Too soon ?

… ou too late, c’est selon.

Et j’avoue que j’y ai pensé, de mettre fin à tout ça, c’te souffrance de marde. Puis j’ai pensé à comment peu importe ce qui m’arrive, ça sera toujours un événement tragique pour les autres, ça sera jamais à propos de moi, et ça, c’est probablement le plus dur à gérer. J’veux pas être une histoire qui arrive aux autres, criss, que ma souffrance invisible devienne leur souffrance visible.


What’s next? Hôpital? Centre de crise? On verra. Mais bon, j’avais besoin de visibiliser tout ça. Qu’on me trouve lourde, j’en n’ai plus rien à chier. Fuck toute.

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  1. sissidelacote a publié ce billet