«Choose your destiny» | Sissi sans domicile fixe, partie 5

Le «choix» de partir de mon appartement était un mélange d’impulsion et d’une longue réflexion. Ce genre d’impulsion là, je ne peux pas réellement me le permettre, autant au niveau du compte en banque, qu’au niveau de la santé. Si on nous répète qu’on a toujours le choix, ce qu’on ne nous dit pas, c’est que le nombre d’options accessibles dépend beaucoup de nos privilèges. Certaines personnes ont les «choix» plus limités, d’autres n’ont simplement plus d’options.

Dans mon cas, j’étais rendue à un point où les points positifs de mon emplacement n’arrivaient pas à balancer pour toutes les mauvaises énergies acculées dans cette espace. J’y étouffais, même seule. 

Au cours des années, j’ai essayé tous les réaménagements possibles, sans succès. Y’a toujours une partie de moi qui se sentait prisonnière, peu importe. J’en étais venue à me dire que c’était des excuses, une manière de blâmer un truc externe pour ne pas travailler sur l’interne. Que le problème, il venait de moi.

J’ai été lobotomisée par la société à penser que j’avais des caprices d’Impératrice, quand au fond, j’ai simplement des besoins de base pour ma santé mentale. Malheureusement, dans une société capitaliste, ne pas avoir l’énergie pour se balancer dans le système économique en kamikaze, c’est considéré comme lâche, tout comme les conséquences de l’épuisement professionnel, la dépression et les idées/comportements suicidaires le sont aussi. Peu importe, y’a pas d’issu. Qu’on se force, qu’on pile sur nos limites pour plaire à la société, on ne s’en sort tout simplement pas.

La stabilité, ce privilège.

En thérapie, on avait parlé de comment il serait préférable pour moi d’établir une certaine stabilité, pour ma santé mentale. Ce qui est très difficile lorsqu’on est pris dans le cercle vicieux de la pauvreté.

C’est là que je suis… depuis un bout maintenant… et ce cercle, c’est pas un cercle, mais plutôt une spirale qui se resserre de plus en plus… Au milieu: un trou noir dans lequel la gravité nous attire d’une force exponentielle plus on s’en approche. Le manque de ressources, leur accessibilité, la discrimination systémique… c’est à croire que la société n’attend que ça, qu’on pogne le trou noir, qu’on s’flush de l’univers, pis qu’on criss la paix à tous ces privilégié.e.s qui sont dérangé.e.s par notre existence… Comme si le malaise qu’iels ressentent en voyant des gens dans des situations «plus difficiles», en étant mis face à leur(s) privilège(s), c’était de la faute des personnes qui sont dans la marde, que c’est leur but de faire sentir cheap le monde, et qu’iels font juste ça pour le plaisir d’écoeurer l’peuple… et pas parce qu’iels ont réellement besoin d’aide….

Alors, là, je tourne en rond, j’essaie de trouver un appartement pour lequel on ne va pas privilégier un couple hétéronormatif «sérieux» plutôt qu’une femme pauvre et seule… Alors il faudrait d’abord que je trouve un emploi, sans avoir d’adresse ou de numéro de téléphone, question de pouvoir avoir un adresse et un numéro de téléphone…


Buy this car to drive to work, drive to work to pay for this car…
- Metric


Y’a pas d’sorti. On dit des Cancer qu’iels sont lâchent… mais c’est que c’est probablement qu’on a trop bien compris le piège du capitalisme et que ça nous tente juste vraiment pas d’embarquer la dedans pour se détruire et vivre à la façon imposée. Faut pas mélanger pessimisme avec lucidité.

Ce n’est pas que je ne travaille pas et que je «fais rien», c’est que tout ce que je fais n’est pas reconnu comme du travail «rémunérable». Alors, je dépense de l’énergie pour des choses que j’aime, mais je n’ai pas les moyens de regénérer cette énergie avec une bonne alimentation et un bon sommeil. Alors j’en viens à ne même plus avoir la force de faire ce que j’aime pour me garder la tête hors de l’eau, et je retombe dans la dépression… ce qui rend encore plus difficile ma recherche d’appartement et de travail.

J’me sens prise dans l’champs de coquelicots rouges, complètement vidée mon énergie, incapable de retrouver le chemin de briques jaunes, laissée seule dans le décor à combattre le sommeil éternel.

Le cyclone | Sissi sans domicile fixe, partie 4

«Si tu veux faire quelque chose, arrête d’en parler, fais-le!»

Les gens qui disent de pareilles choses ne réalisent pas la position de privilège dans laquelle iels sont. On me l’a souvent répété cette phrase, à chaque nouvelle recherche de colocataire. Comme si c’était quelque chose qui était facilement faisable lorsqu’on est en situation de pauvreté.

Avant de déménager, il faut prendre en compte des choses comme: 

  • Lorsqu’on a un suivit psychologique dans un CLSC/CSSS, déménager veut aussi dire devoir être référé.e/transféré.e à un nouveau CSLC/CSSS.
  • Ce qui est à distance marchable, les ami.e.s, les lieux de rassemblement… Parce que lorsqu’on n’a plus d’argent pour les titres de transport, si on ne veut pas s’isoler, il faut avoir accès à un minimum d’entourage.
  • Le coup du déménagement additionné au montant du nouveau loyer et des factures est-il inférieur au montant mensuel reçu? Si oui, restera-t-il assez d’argent pour manger?
  • Lorsqu’on n’a pas de téléphone, la recherche de loyer est beaucoup plus ardue, tout comme la recherche d’emploi.
  • Plusieurs endroits pour la location de camion ou d’entrepôt demande d’avoir obligatoirement une carte de crédit, chose qu’on ne peut pas réellement se permettre lorsque dans une situation précaire.
  • Y’a tout le stress relié aux enquêtes de crédit…
  • Si on déménage dans une autre colocation… il faut s’assurer que ça fonctionne… comme un déménagement c’est déjà peu/pas abordable, on ne veut pas se lancer dans le processus à tous les deux mois… Si j’avais déménagé autant de fois que j’ai changer de colocataire… eh sainte.
  • Mon numéro d’appartement c’était une toune de Diane Dufresne, sans aucun doute un signe. (Ou plutôt une excuse qu’on trouve pour se consoler de ne pas pouvoir déménager) 

Juste la pensée d’avoir tout ça à gérer me donnait les pire crises d’angoisse assez pour me laisser figée, sans issue imaginable.

*bruit de vent*

En août dernier, mon colocataire est parti AWOL, sans payer le loyer, me laissant dans la merde la plus complète.

Vu ma situation financière, payer le loyer entier était complètement impossible pour moi. J’ai du faire une cyber-levée de fonds, et c’est grâce à la générosité de mes camarades que j’ai pu m’en sortir. D’ailleurs, un merci infini à tou.te.s celleux qui m’ont supportée, autant monétairement que moralement, ça m’a énormément touchée et aidée.

J’ai essayé de trouver une colocation, mais je suis venue à l’évidence que je ne pouvais simplement plus me permettre d’habiter dans cet appartement; les divisions laissant à désirer, la deuxième chambre était vraiment plus petite, elle était difficile à louer et les espaces communs étaient facilement envahissable.

J’avais atteins un point où vivre dans ce lieu m’apportait encore plus de stress que de ne pas avoir d’appartement du tout. 

J’ai donc cédé mon bail pour le 1er septembre, sans avoir d’appartement en vu. Depuis je fais du couchsurfing ici et là, en échange de rénovations ou autres services. Au début, je trouvais ça bien correcte. De ne pas payer de loyer, je croyais que ce serait le seul moyen pour moi de «ramasser» un fond d’argent. Finalement, ce n’est pas si simple. 

Ne pas avoir d’endroit fixe où habiter, ça veut aussi dire: plus cher de transport en commun, plus cher de nourriture, plus cher de petits trucs ménagés qu’on achète ici et là pour les endroits qui nous hébergent, en plus des frais d’entreposage… y’a peut-être pas de loyer mais le montant accordé par l’aide sociale n’est définitivement pas assez pour ne pas être constamment en mode survie, même sans loyer à payer…

Caprice d’impératrice | Sissi sans domicile fixe, partie 3

Ma mère m’a toujours dit que j’avais des goûts de princesse parce que j’aimais les trucs qu’on ne pouvait pas se permettre.

Dans une société capitaliste, vouloir se sentir bien chez soi, c’est un luxe. Être en mesure d’aménager un espace qui contribue à son équilibre mentale tout en ayant les moyens de bien s’alimenter, c’est quelque chose d’inaccessible pour plusieurs. Les gens qui sont en mesure de le faire ne réalisent pas à quel point iels sont chanceuses.eux de ne être en constant mode survie.

D’un autre côté, ces besoins sont créés par la société dans laquelle on vit. Ce sont des besoins très occidentaux, qui sont complètement futiles et luxueux d’un point de vue externe. D’une certaine manière, c’est un privilège occidentale que de ressentir le besoin de posséder un espace à soi. La surconsommation, la culture de performance, le système économique, la rapidité d’exécution demandée; tous ces aspects sont à la base de la création de besoins particuliers aux sociétés comme la nôtre et ainsi ont un impact direct sur le taux de dépression.

Alors, lorsque notre situation est continuellement comparé celles des autres, qui sont issu.e.s de contextes socio-culturels complètement différents, on ne fait que ridiculiser les problèmes d’individu.e.s, les réduisant à néant. Pourtant, les problèmes de santé mentale sont réels tout comme le sont leurs impacts.

Par exemple, on m’a déjà dit, puisque je parlais de ma dépression, que j’étais chanceuse de ne pas vivre sous les bombes, au Moyen-Orient. La meilleure façon d’invalider les sentiments et la situation de quelqu’un.e, c’est certainement avec des comparaisons pareilles. Bien sûr que je suis privilégiée à plusieurs niveaux: blanche, occidentale, cisgenre, sans handicap physique, mince; reste que dans la société dans laquelle je vis: être une femme lesboromantique vivant sous le seuil de la pauvreté et souffrant de problèmes de santé mentale… ça apporte aussi son lot de discriminations et réduit drastiquement mon accessibilité à plusieurs choses.  

Étant sur l’assistance sociale depuis deux ans, à la suite d’une dépression, je fais partie des ces gens qu’on traite de «lâches» parce qu’iels «ne travaillent pas» (au sens rémunéré du terme) et «se font vivre par le gouvernement»… alors que le montant mensuel accordé est tellement minime qu’il ne couvre mêmes pas les besoins de base (sommeil, alimentation, hébergement, vêtements adéquats à la température). Même ma médecin m’aura faite sentir comme telle. Lorsqu’on n’est pas en moyen de s’alimenter proprement pour avoir l’énergie nécessaire pour rester éveillée toute la journée, ce n’est pas une question de lâcheté, mais une question de santé, les médecins, avant toute personne, devraient comprendre ce principe. Malheureusement, même mon support en santé aura réussi à me faire sentir coupable de vouloir voir mes besoins de base comblés. Comme si c’était un caprice de ma part de vouloir rétablir un minimum ma santé avant de retourner au travail. (Chose qui est plutôt impossible à faire lorsque sur l’assistance sociale, qu’on se le tienne pour dit.) C’est perçue comme lâche parce que j’ose dire que c’est inacceptable comme obligation de la part de la société. Celleux qui méritent l’étiquette de «lâches», ce sont elleux qui sont en position de faire des changements au niveaux des discriminations systémiques et des exigences capitalistes de performances (plus d’efforts pour moins de salaire) et pas l’inverse.

Nommer les injustices, ce n’est pas ça le problème, ce sont les injustices le problème. Y’a que les personnes incapables d’admettre leur(s) privilège(s) qui ne comprennent pas ça…

Au moins, mon psy comprend et sait que de retourner trop drastiquement dans un emploi à temps plein qui m’affecte trop, surtout dans l’état dans lequel je me trouve présentement, ne ferais qu’avoir un impact direct sur ma santé mentale. Ce n’est pas un caprice que de vouloir vivre… et non survivre, peu importe ce que le capitalisme et la culture de performance peuvent nous faire croire.

Malheureusement, mon suivit est terminé dû aux limites du système public, alors je suis maintenant all by myself.

«E.T. phone… nowhere» | Sissi sans domicile fixe, Partie 2

C’est difficile de garder le moral lorsqu’on ne se sent même pas à l’aise à l’endroit où on demeure. Lorsqu’on n’a pas de refuge, pas d’endroit où on peut, l’espace de moments éphémères, mettre de côté tout le poids qui repose sur nos épaules et juste… être bien. Endroit où le silence est reine, ou Janet Jackson, dépendant de son humeur à soi et à soi seule.

Lorsque je reviens chez moi après une mauvaise journée, c’est la pire des tortures qu’on puisse me faire que de me bombarder de questions futiles ou de smalltalk. Tout ce que je veux, c’est enlever mes pantalons et m’allonger quelques minutes sur le divan, en bobettes, profiter du silence… peut-être écouter un épisode des Moomins ou de Fifi Brindacier en mangeant de la salade grecque, lire un livre ou réécouter Imagine Me & You, même si c’est la pire quétainerie lesbonormative blanche du monde… juste, décrocher, seule, et ne pas parler à personne.

Autant je dois gérer mes problèmes de dépendance affective,.autant j’apprécie la solitude et j’en ai grandement besoin.

Mon père me disait souvent que pour être bien dans sa tête, ça aide d’être bien dans son environnement. Même s’il me disait cela pour me convaincre de faire mon ménage, il reste qu’il n’avait pas tort. Le bordel, pour moi, ce n’est qu’une démonstration de l’état psychologique dans lequel je suis… Lorsque je suis trop angoissée, je fige, je suis incapable de faire quoi que ce soit et mon stress bouffe toute mon énergie, alors je suis fatiguée et je n’arrive pas à dormir. C’est un pot-pourrit de cercles vicieux.

Depuis des années, je rêve de vivre seule, la colocation étant devenu un fardeau, un stress additionnel. Déjà que j’ai de la difficulté à respecter mes limites, mettre celles des autres de l’avant, au quotidien, sans prendre l’espace pour respecter les miennes, mes besoins, ça me détruit. Alors, je pense à comment je pourrais me construire un chez-moi qui aiderait à ma santé, ma stabilité.

Malheureusement, dans ma situation, vivre seule, c’est un luxe, un caprice même…

Wishing for a cyclone | Sissi sans domicile fixe, Partie 1

Ma dernière colocation agréable, remonte à il y a 2 ans. Agréable, jusqu’à ce que ça tourne au cauchemar et que je sois victime de violence verbale et psychologique. Comme je l’ai déjà mentionné auparavant, c’est après cet «incident» que j’ai arrêter de croire en la colocation. Après tout, avoir quelqu’un que tu crois être ton ami ce montrer aussi cruel… et avoir sa mère te faire des menaces par la suite, ça s’inscrit dans la catégorie de «traumatisme». 

J’avais déjà abandonné. J’ai beau eu essayer tous les types de personnes… Y’a eu quelques fanatiques du smalltalk, avec leur respirations audibles, avec qui je n’arrivais simplement pas à être patiente. Y’a eux une couple de «encore plus enfermé.e.s que mouée» qui sortaient tellement pas de leur chambre que j’avais des périodes où je craignais leur décès, y’a eu des cas de passive-agressivité, de dépression de couple… j’ai même faillit habiter avec une personne qui m’avait avoué, durant sa visite, avoir déjà été accusé.e de tentative de meurtre… tout pour se sentir en sécurité et éviter les crises d’angoisse.

Je savais que je ne voulais plus vivre en colocation, que j’avais besoin de mon espace à moi, où ne ne me sens pas envahie au quotidien. Je savais que j’avais besoin de vivre seule.

Afin de passer au travers les dures journées, je me suis mise à imaginer et dessiner comment j’aménagerais mon appartement dans un monde idéal. J’ai fait des plans pour des accessoires à construire, pour les décorations à installer, avec leur éclairage, j’ai pris des notes sur les illustrations et thèmes de chaque pièce… j’ai confectionné, dans ma tête, ce à quoi ressemblerait mon chez-moi, home, espérant qu’un jour, un cyclone m’y emmènerait.