Lesbothon | #Spashley

South of Nowhere (2005-2008)

Catégories: Adolescentes… 

La série était diffusée sur les ondes de TeenNick durant 3 saisons. Même si on suit principalement le développement de la relation entre Spencer et Ashley, c’est probablement celles qu’on voit le moins souvent s’embrasser de toute la série. C’est comme un Degrassi avec la censure au max.

Raisons d’écouter:

  • Nostalgie d’un amour naïf à la Point de Mire ? («J’comprens plus c’qui m’arrive, j’perds le contrôle et ça m’fait rire» jumelé au genre Coming of age, you know)
  • Pour voir le ridicule de LA scène de sexe. 
  • Pour ajouter à la liste: «Vues pis on en parle pu.»
  • Pour pouvoir écouter la deuxième saison de How to Get Away With Murder et pouvoir dire «Hahaha! C’est Aideennn!»

Raisons de ne pas écouter:

  • Tokenisation des personnages racisée, en plus de parler de «ne pas voir la couleur» 
  • Stéréotype de la Latina bitch (mais c’est un personnage qui gagne une personnalité au courant des saisons, au moins)
  • La chanson du générique (C’est gênant tellement c’est mauvais.)
  • Demande beaucoup d’imagination (il faut prétendre que les acteurs sont bons. Mention toute spéciale à celui qui joue Aiden, wow, quel désastre. Il n’est pas mieux dans HTGAWM)
  • Mal filmé, éclairage douteux, qualité film amateur de Cégep. (On voit la perche/micro a quelques reprises.)
  • Trop de dents blanches parfaitement cordées, c’est étourdissant.
  • Tout est trop propre chrétino-américain.


Préparez vous!!

C’est certain qu’écouter cette série, 10 ans plus tard, sans avoir grandit avec, ce n’est pas la même expérience du tout. C’est pour ça que lorsque je l’ai commencée, je me suis mise en mode «j’ai 15 ans et je ne connais pas mon identité sexuelle/romantique.» Je vous suggère de faire de même si vous voulez l’écouter pour la première fois et que vous n’êtes plus une adoe.

Looks

Si Alice a le PIRE look dans la saison 1 de The L Word, Ashley Davis suit pas loin dernière. Vous savez, quand «les adultes» essaient de faire un look rock à une adolescente et se ramassent à acheter toutes les accessoires au Ardène en ce disant que ça doit être à la mode vu que ça ressemble au look mi-2000 de Avril Lavigne (le néo-look qui aura déçue toutes les tomboy/skateuses)? Puis que le résultat est aussi cheap que celui de Marie-Chantal Toupin quand elle sort avec ses chums de fille? 

Ça me rappelle seulement les choix de costumes pour Vanessa dans Watatatow (le personnage joué par Sophie Cadieux dans le temps qu’on savait pas encore qu’elle était bonne actrice.)

Ashley a un look de «rebelle propre» ou la «marginale capitaliste». Mais bon, on s’habitue.

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Les fans et l’impact de la série 

Aussi mauvaise la série puisse être, d’un point de vue critique, son impact a quand même été positive pour plusieurs jeunes lesbiennes (surtout blanches) qui avaient enfin accès à  des personnages à qui elles pouvaient s’identifier. 

La communauté de fans de South of Nowhere est assez grande.

Sur Internet, on peut trouver des fanfictions (histoires de fictions reprenant les personnages de la série et qui sont écrites par des fans) en masse. Ces oeuvres amateures ont une importances marquées chez les jeunes queer. Avec le peu de choix de modèles auxquels on pouvait s’identifier, surtout il y a dix ans, écrire des fanfictions et les partager, ça peut avoir un impact positif à pleins de niveaux, autant dans le sentiment d’appartenance à une communauté avec qui on a des intérêts commun que dans le processus d’acceptation ou de «coming out»,  que pour le plaisir de lire des histoires non-hétéronormées dans lesquelles on peut se reconnaître.

Les cyber-espaces où les jeunes se retrouvent pour échanger sur la série et sur des sujets plus personnels deviennent aussi des lieux où les jeunes sans ressources peuvent avoir accès à un certain support, échanger sur leur situation familiale suite à leur coming out, par exemple, ou comment gérer les grands-parents ou la parenté lesbophobe pendants les fêtes, etc. 

Ce qui fait que même si la série elle-même est pas trop vargeuse, le rôle qu’elle a pu jouer pour plusieurs et la symbolique qui s’y rattache fait en sorte qu’elle puisse tout de même être considéré comme «culte» pour plusieurs lesbiennes qui ont connu cette série à l’adolescence. C’est la beauté de la culture populaire. Son accessibilité permet à plusieurs de pouvoir ensuite se retrouver sur les Internets, créer des liens et ainsi se sentir moins seule.

Note: Comme la série date de l’époque des Skyrock, c’est magique le nombre de montages horribles qu’on p eu trouver sur les Internets. Disons que vous êtes averties.

Les États-Unis et le «Rated G» (Public général)

Lorsque vient le temps de montrer des couples homosexuels à l’écran, les États-Unis ont des standards assez conservateurs. (Surtout il y a dix ans)

Comme mentionné plus haut, le couple de Spencer et Ashley est sans aucun doute le couple chez qui on voit le moins de rapprochements physiques, becs sur la bouche inclus. Dans les scènes où un couple hétéro se dirait au revoir en s’embrassant, elles, elles se donnent un calin. 

Lorsqu’on commence à les voir se donner des p’tits becs [secs] plus «souvent», on s’assure de montrer aussi plus de couples hétéros sur le point d’avoir des rapports sexuels ou à la fin de ceux-ci. Scènes qu’on ne voit jamais lorsqu’on parle de Spashley. Les deux adolescentes ne pouvaient pas non plus être vu toute les deux dans le lit pendant qu’elles s’embrassaient, puisqu’on aurait du monter à un public de 13 ans et plus, mais lorsqu’il s’agit d’un couple hétéro, c’est correct pour les enfants de les voir se manger la face en s’entre arrachant le linge de sur le dos.Les merveilles du double standard hétérosexiste.

Si vous voulez vous éviter la série tout en aillant tout de même les connaissances de base, voici le gif qui résume tous les rapprochements physiques de Spashley dans les trois saisons.

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Bon, c’est peut-être une légère exagération… il manque le premier baisé.

Une saison complète d’attente pour ça:

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Et puis, pour la seule scène de sexe, voici la description que les actrices ont donnée quelques années plus tard: 

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«They wouldn’t let us like lay in bed together» - Mandy Musgrave AKA Ashley
«So Mandy would have to like stand and sit» - Gabrielle Christian AKA Spencer

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«It was like this whole structure» - Gabrielle
«And that’s how they walked in» - Mandy

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«And that was the “sex scene! and it was like…» - Mandy

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«It looked like we had some séance when they walked in.» - Mandy

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«Then it was like “Oh! clothes!” Like there was no kissing.» - Mandy

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«You can’t kiss in the bed. » - Mandy
«Really?» - Angela Robinson (réalisatrice lesbienne)
«Yeah, unless it was a man.» - Mandy.

Et, encore une fois, on ne peut pas se dire «peut-être qu’elles sont simplement asexuelles» parce que le sexe est un sujet récurrent. La seule raison pourquoi elles ont si peu de rapprochements physiques, alors qu’elles sont le couple principal de la série, est dû à des réglementations hétérosexistes.

Évolution des personnages lesbophobes

Paula, la mère de Spencer est ULTRA religieuse (catholique ou chrétienne, je ne sais plus) et elle a beaucoup de difficulté à accepter que sa fille soit amie avec une lesbienne. Les choses se corses d’autant plus lorsqu’elle apprend que Spencer est aussi «possédée par le démonnn», ie: en amour avec Ashley.

Glen, son grand frère, est aussi super lesbophobe et désagréable, voire violent. 

Heureusement, Spencer a le support de son autre frère, Clay, et de sa copine Chelsea, les tokens Noir.e.s de la série, ainsi que de son père Arthur.

Au courant de la série, on voit une bonne évolution des personnages, même qu’un de mes moments préférés, c’est lorsque qu’Ashley réussi à convaincre sa belle-mère de l’accompagner à la Pride pour supporter sa fille et lui faire la meilleure surprise. 

Un autre épisode important dans l’évolution du personnage de Paula et son chemin vers l’acceptation, c’est lorsqu’elle tient tête à sa mère, qui est encore plus conservatrice et fermé d’esprit qu’elle l’était au début de la série, et qu’elle défend fièrement sa fille devant les propos lesbophobes.

Glen aussi change et s’excuse même de son attitude et ses propos. Mais bon je m’en fout un peu de lui alors, fin.


Il y aurait tellement plus à dire, mais j’vais m’arrêter ici. Pour plus, y’a la section commentaires. Sur ce:

Special Features

Lunch with Bridget Episode 23 :  Spashley : Un vlog avec les actrices de la série en pyjamas. (Je sais, j’ai les meilleures descriptions)

Webisodes  : Le dernier (#16) me fait mal. Astée que Aiden s’incrustre dans cette relation-là depuis le début et que ça GOSSE.

Fan Movie : partie 1 et partie 2 : 5 ans après le dernier épisode (ne prenant pas en compte le maudit webisode de marde #16), on voit où chaque personnage pourrait être. L'idée était de créer un intérêt autour de la production d’un film ou d’une nouvelle série. Les storylines étaient de simples suggestions. Le but était de convaincre MTV d’investir dans la création d’une nouvelle série. Mais… 

Kissing Mandy  de Gabrielle Christian: Une chanson que Gabrielle a fait en hommage à Mandy. Tout ce qu’il y a à dire sur le sujet, Trish Bendix l’a déjà dit sur AfterEllen.  

Bonus: meilleure citation

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«They all think “hello” means “put your hands all over me” in testostereneese» - Ashley Davis

Lesbothon | Imagine Me and You

Imagine Me & You (2006)

Catégories: femme «hétérosexuelle», femme mariée, comédie romantique, lesbonormativité (x 1000)

Bon je l’avoue, c’est mon feel-good movie par excellence (après Spice World). Je le connais par coeur. C’est horrible, je sais. Honnêtement, c’est le pire film lesbonormatif blanc qu’on ne peut pas trouver. C’est super cliché. Plus je l’écoute, plus je le trouve mauvais, mais j’arrive pas à arrêter. Il correspond exactement à tous les critères des comédies romantiques sur le marché, sauf que celui-là, c’est avec deux femmes.

En bref :

Raisons de regarder:

  • PIPER PERABO
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  • LENA HEADEY
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  • Anthony Head AKA Rupert Giles! (Oui oui, le Giles de Buffy!)
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  • Edie <3 «Am I gay? I’m Ecstatic!» (Définitivement un personnage qui aurait du avoir une plus grande place dans l’histoire.)
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Raisons de ne pas regarder:

  • C’est écrit et réalisé par un homme.

  • La seule personne racisée est une femme Noire à la peau claire qui dit un maximum de trois phrases. Oh! Puis un enfant aussi… qui dit 3 mots et une autre femme dont on ne sait pas le nom et qui n’est là que dans le générique. Tou.te.s ont la peau très claire, le film est très clair, côté couleurs et image.

  • C’est encore l’histoire d’une femme dites hétérosexuelle («She’s not just heterosexual, she’s BARBIE heterosexual»), mariée avec un homme et qui tombe en amour avec une femme ouvertement lesbienne — i.e. rien de nouveau.

  • Cooper, le meilleur ami du mari. Explications plus bas.

  • Les deux actrices correspondent aux standards de beauté physique et d’expression de genre.

Rapprochements physiques

Si vous êtes du genre à ne pas aimer les films où tout ce que les femmes font, c’est se flatter, ce film n’est pas pour vous. Pour moi, par contre, c’est exactement ce que j’aime.

Je trouve que ce film, aussi quétaine soit-il, est un bon exemple de comment on n’a pas besoin d’avoir de grosses scènes physiques pour pouvoir ressentir l’intensité de l’attraction entre deux personnalités. 

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Il y a cette scène que j’affectionne particulièrement, où Rachel (Piper) et Luce (Lena) sont assises côte-à-côte et leurs petits doigts sont à quelques mm en parrallèle l’un de l’autre et on sent toute la tension; c’est parfait. 

Je n’ai pas besoin de les voir nues pour ressentir l’attirance et la connection entres elles. En fait, je dois avouer que lorsqu’elles s’embrassent, c’est plutôt décevant. On ressent plus de complicité lorsque la tension monte que lorsque le contact buccale ce fait.

Une question légitime à se poser, par contre, est celle-ci: est-ce que les rapprochements physiques auraient été semblables si Rachel était tombée en amour avec un autre homme? Est-ce que la réelle raison du peu de contacts physique n’est pas en fait lesbophobe plutôt que «pour respecter la légèreté du film» (la raison donné en entrevue)?

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Parce qu’on peut se faire du bien en s’imaginant qu’elles sont asexuelles, que les rapports sexuelles ne sont pas si important pour elles. Mais on sait très bien que ce n’est sans doute pas le cas. Parce qu’il y a tout de même des références à la sexualité. Même lorsqu’on ne la montre pas, la sexualité est omniprésente.

Le respect des limites

Contrairement à plusieurs autres films et séries, ici la femme ouvertement lesbienne, Luce, respecte toutes les limites qu’il y a à respecter dans la relation. Les deux femmes sont amies, Luce sait que Rachel est mariée et n’entreprend rien, pas de jeu d’esprit, pas de flirt insistant, rien. Je veux dire: elle ne s’avance même pas pour donner la bise si elle sent un malaise: Adéquate au max!


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En fait, c’est Rachel qui fait les tous les premiers pas. Ça fait changement de l’habituel harcèlement à la «j’suis lesbienne, j’su’ sûre que touée itoo, enweye don’ icitte qu’on s’french la face!» et ça, j’avoue, ça fait du bien. Autant pour les modèles positifs qu’au niveau du consentement.

Les séries comme The L Word montrent tellement de rapprochements problématiques, dont plusieurs s’apparentent plus à des agressions qu’à des jeux de séduction, que les personnes qui n’ont que celà comme référence de «techniques» de séduction et «d’introduction à la vie lesbienne» recréent ces mêmes comportements problématiques en croyant que c’est correcte, puisqu’elles ne font «qu’aider les femmes à découvrir leur ‘vraie’ orientation et être libres». Nope!

Le meilleur ami

Cooper, c’est le gars hétéro harcelant qui essaie de faire «changer Luce d’équipe». C’est réaliste, certes. Par contre, ce qui est très dérangeant, à mon avis, c’est qu’il soit utilisé comme élément humoritique dans l’histoire. Pourtant, il n’est pas drôle: il est violent, harcelant, lesbophobe, sexiste, irrespectueux… Luce est vraiment patiente de ne pas simplement lui câlicer son poing su’a yeule


Come on Luce! Connecte avec la Sarah Connor en toi!

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Ce n’est même jamais nommé comme étant un problème. Il est simplement le bon ami qui défend son best, même si ça implique d’user de sexisme, de slutshaming (parfaite ironie venant du personnage de «coureur de jupons») et de violence verbale, ce que les femmes queer vivent au quotidien. Malgré tout, on le peint comme un bon gars.

Cette obsession à faire de trou de culs des personnages amusants et attachants m’énerve au plus haut point. Ce ne sont pas des clowns mais des personnes violentes, il faut arrêter de faire l’apologie des violences «ordinaires» en les banalisant ainsi dans la culture populaire.

Gre!

Étiquette

Dans tous les films dans lesquels Piper Perabo joue une femme non-hétérosexuelle (bon, oui, je sais, je fais une généralisation avec deux films), elle refuse de se mettre une étiquette. En tant que lesbienne féministe, ça me gosse, parce que je considère que c’est important au point de vue politique. Ça m’énerve lorsqu’on ne veut pas utiliser les mots bisexuelle ou lesbienne (ou même pansexuelle) à la télé, je trouve ça hypocrite de se dire qu’on s’en fout et qu’on est juste en amour avec les personnes. Pour moi, ça invisibilise toute la discrimination qui se rattache à nos amours, justement, en évitant de nommer les différences.

J’veux dire, même en entrevue, elle dit «This is not a gay movie […] it’s a love movie». Pas faux, mais c’est les deux. Ne pas nommer la non hétérosexualité du film rend pas la société plus acceptante.

D’un autre côté, un de ses personnages était une adolescente et l’autre une femme mariée à un homme qui se découvre des sentiments pour une autre femme, donc qui voit son orientation nouvellement remise en question… alors je ne veux pas non plus forcer personne à s’identifier à une étiquette qui ne lui convient pas, même si les personnes sont fictionnelles.

Le mari

M’en va être smat avec un homme, watch out: Imagine Me & You est une des rares histoires du genre où le mari/fiancé/copain n’agresse pas la femme en apprenant la nouvelle. Dans plusieurs cas, on voit de la violence sexuelle, verbale et psychologique et, malgré le réalisme de la chose, ça fait mal à regarder. Si on peut se permettre quelque chose avec la fiction, ça devrait bien être la mise en scène de réactions respectueuses.

Avec Heck, c’est un bel exemple. C’est lui qui part. Il refuse que Rachel reste avec lui par obligation, surtout si elle aime quelqu’une d’autre plus qu’elle l’aime lui. Et malgré que ça peut sonner comme une réaction adéquate robotique, ça ne l’est pas du tout. On voit qu’il est blessé, il exprime des émotions qui ne sont pas de la violence dirigée envers Rachel ou Luce. Sa réaction est plutôt mature, même.

Mais est-ce qu’on lui donne des cookies pour avoir été pas violent? Nope, faut pas charrier quand même!

Le mythe de l’âme soeur

C’est pas que je ne crois pas que pour certaines personnes, il n’existe qu’un grand amour et tout le tralala. Mon problème, c’est avec cette idée qu’une personne seule est incomplète. 

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Le grand mythe romantique qui rend don’ bin difficile les séparations. Parce que: comment on est supposé vivre avec juste une moitié d’être? Comme si noues étions soudainement amputées de 50% de notre âme, qu’on pouvait pas être des êtres indépendantes, même lorsqu’en relation…

C’est probablement un des mythes les plus dangereux qui entoure l’amour, ça pis que le rôle des femmes est de guérir les bêtes avec leur amour, pour les transformer en prince.sse.s, ça crée des relations mauditement toxiques. J’en parlerai plus dans mon article sur Lost and Delirious, un autre film avec Piper Perabo.

Quelques citations (quétaines) de plus pour finir:

  • Rachel: «Byye»

  • Luce: «You’re a WANKER number nine.» 

  • Rachel and Luce: «Pew Pew! Pew Pew!»

  • Luce: «The lily means: I dare you to love me»

  • Luce: «Don’t forget me.» Rachel: «I won’t remember anything else.»

Lesbothon | Introduction

Ça fait longtemps que j’en parle, now is the time : le lesbothon arrive.

Oui, oui, c’est bien ce que vous pensez: un marathon de lesbiennes! Bon, c’est plutôt un «marathon», sur long terme, de visionnement et de critiques de web/séries et films dans lesquelles on retrouve un ou des personnage.s de femme.s lesbienne.s, bisexuelle.s/romantique.s ou pansexuelle.s/romantique.s ou une histoire d’amour ou de sexe entre femmes.

Cette série interminable d’articles consistera donc en une sorte de continuation/spin-off de “Lesbianisme 101 : Intérêts lesbiens au petit et au grand écran

Après avoir essayer de faire une liste chronologique des films “de lesbiennes”, j’ai décidé de ne pas attendre d’avoir tout vu avant de commencer. L’ordre sera donc relativement aléatoire, voues pourrez même faire vos demandes spéciales pour que je me presse plus à écrire sur un film qu’un autre! (Mais sachez que NOPE je ne vais pas regarder La vie d’Adèle et donner une raison d’être au harcèlement. C’est ma limite.)

Il y a quelques trucs  savoir avant de se lancer…

Les critiques

Aucun produit culturel n’est parfait, surtout en tout ce qui a trait à la culture populaire. Il y a toujours des éléments qui pourraient être apportés, des sujets et perspectives qui sont ignorées et mises de côté. On pourrait donc facilement utiliser cet argument pour excuser les problématiques de plusieurs films. C’est pourquoi il me semble important d’analyser chaque «oeuvre» non seulement individuellement, mais aussi dans le contexte culturel (populaire) dans lequel elle est produit.

Parce que ce n’est pas un problème en soit d’avoir un film racontant une histoire d’amour entre deux femmes blanches cisgenre et aisées qui correspondent aux standards de féminité. Ce qui est un problème c’est lorsqu’il n’y a que ça sur nos écrans — ou majoritairement du moins.

Bien sûr, un seul film ne peut couvrir toutes les réalités. Il y aura toujours des réalités qui seront laissées sous silences dû au background des personnages d’une histoire donnée. Mais est-ce que ça excuse que tous les films couvrent les mêmes réalités? Je ne crois pas. On a beau pouvoir couvrir des réalités semblables avec toutes les variantes et nuances du monde, lorsque la soit-disant diversité se limite aux manières de voir toujours les «mêmes» réalités, on a une vision plutôt restreinte de celle-ci.

Va aussi de soit lorsqu’on utilise, par exemple, le contexte socio-historique pour expliquer la blancheur dans les distributions, comme si les personnes racisées avaient commencé à exister en même temps que les Jackson Five.  Ce n’est pas en racontant les histoires toujours sous le même angle qu’on s’assure de changer quoi que ce soit. Le racisme ne peut être excusé aussi facilement. Et malheureusement, les lesbofilms ne font pas exception à l’exclusivité des vies racontées. Rares sont les personnes de couleur, racisées, trans, en situation d’handicap, non-conformes aux standards de beauté, etc. qui ne seront pas de l’histoire seulement en token (minoritée/marginalisée de service).

La rareté biaise les standards.

Il y a probablement plus de films et séries incluant des personnages lesbiennes que ce qu’on peut croire. Suffit de faire une petite recherche Google pour voir que ça ne se limite pas aux 3-4 seules dont on parle dans les médias mainstream. Bien évidemment, c’est loin d’être assez et le budget moyen de ces productions est assez limité. Celles qui obtiennent le plus d’argent sont plus souvent qu’autrement produit par des hommes cisgenre (surtout des hétéros et des blancs).

Personnellement, le manque de choix fait baisser mes standards d’appréciation. Lorsque j’ai envie d’écouter un film d’amour qui ne soit pas hétéronormatif, je vais faire fît des trucs qui me dérangent pour essayer d’apprécier un minimum le visionnement. Malheureusement, le fait que je puisse faire ainsi est majoritairement dû à mes positions de privilège. Même que je me sens souvent comme une mauvaise alliée de réécouter aussi souvent des films qui sont 99,9% blanc, des films aux propos ciscentriques et à l’humour trop souvent cissexiste… Je pourrais me consoler en me disant que les films hétéros ne sont pas mieux, mais reste que ce serait ignorer le problème. Je préfère en être consciente et le nommer à chaque fois que c’est le cas. Je vais probablement oublier de parler de plusieurs systèmes d’oppression, de plusieurs problématiques que je connais moins, mais sentez voues bien à l’aise d’ajouter vos points dans les commentaires.

Critique socio-féministe.

Je ne suis pas une passionnée de cinéma. Lorsqu’on essaie de me convaincre de visionner un film en utilisant comme argument des noms de réalisatrices.teurs, des criquets se font entendre. Je ne connais pas le jargon cinématographique et je suis nullement en position de faire des jugements sur les techniques utilisées. Mes critiques sont plus dans un optique d’analyse de la culture pop comme reflet de et influence sur la société. Donc, une analyse sociologique et féministe d’un produit créé et visionné dans un contexte socio-culturel donné.

Ça sonne bien recherché, mais ça risque d’être assez léger. No worries. Pop féministe à la rescousse.

J’ajouterai que mes critiques seront faites sous la perspective d’une féministe lesbienne griasexuelle blanche et cisgenre avec troubles de santé mentale. 

#DRAMA

Historiquement, les films relatant une histoire d’amour entre deux femmes ont la réputation de finir en tragédie: meurtre, suicide, séparation forcée des amoureuses par leurs familles/les autorités, etc. Phénomène qui aura rendu une grande partie de noues blasée de toujours—et surtout: seulement—voir de telles histoires racontées. Heureusement, depuis beaucoup a changé et des histoires qui finissent bien, il y en!

Il faut aussi faire attention de ne pas tomber dans les arguments sexistes en disant que deux femmes ensembles, ça ne peut mener à rien d’autre que du drame, ou en réduisant les problématiques des femmes à du «drame» et des faux-problèmes.

Bien évidemment il faut faire la différence entre les histoires qu’on shoot au facteur-drame pour faire mousser l’histoire ou parce qu’on prend pour acquis que c’est comme ça que les femmes aiment ça, et une histoire où on voit des personnages évoluer au travers de situations difficiles de toutes sortes. Et surtout, n’oublions  pas que les problèmes de santé mentale peuvent arriver à toutes, même aux lesbies, bin oui!

Sexualité

C’est une critique que j’entends souvent, comment les films «de lesbiennes» mettent en scène des rapprochements physiques trop doux. Comme si la seule chose que des femmes étaient en mesure de faire au lit, c’était de se flatter et de se dire qu’elles sont douces. C’est d’un ridicule assez évident.

Il faut par contre faire attention avec ce genre de critique, parce qu’elles ont tendance à invalider et invisibiliser les identités sur le spectre de l’asexualité. Si pour certaines ça énerve de voir des scènes de sexes non-explicites, pour d’autres, ça fait du bien de voir autre chose que de la sexualité comme élément validateur d’une relation.

Est-ce qu’on ne montre pas assez de scènes de sexes réalistes entre femmes à l’écran? Ou est-ce qu’on ne montre pas plutôt trop de scènes de sexe hétérosexuel?

Ce n’est pas tout noir ou blanc. Une réponse qui convient à mes deux vues sur la chose, c’est qu’on a tendance à normativiser les rapports sexuels et ne montrer que ce que truc et machins veulent bien qu’on voit. Ça exclu donc les relations asexuelles ainsi que les relations avec une sexualité considérdée comme «non conventionnel».

Y’a aussi une partie de moi qui est grandement mal à l’aise d’entendre ou lire des hommes hétéros commenter sur comment ils ont apprécier La vie d’Adèle quand je ne fais que me dire que ça aura rassasier, l’espace d’un film, leur désir maladif de s’incruster dans une relation sexuelle entre deux femmes, même si ce n’est que comme voyeur. Voir sa sexualité fétichisée et être constamment sexualisée par les hommes, c’est un astée de gros problème. Et comme on ne peut pas les empêcher de voir les lesbofilms, j’ai un sentiment très partagé lorsqu’on parle d’en montrer plus à l’écran, côté sexualité. Pour qui? Oui pour certaines femmes, mais aussi pour les mêmes innocents qui noues harcèlent dans les bars lorsqu’ils apprennent notre orientation sexuelle et/ou romantique. #yapasdissue

The L Word

Le prérequis pour comprendre plusieurs références, c’est d’avoir écouter The L Word, série culte chez les lesbiennes. C’est une série qui a marqué son temps, surtout parce que la seule série mainstream où on suivait presque exclusivement des vies de femmes lesbiennes. Le succès de cette série repose donc fortement sur cette rareté plutôt que sur sa qualité.

La série est mal écrite, les femmes sont toutes issues de milieux aisées, majoritairement blanches, correspondent aux critères de féminité imposés par la société et tralala. Ce n’est pas un chef-d’oeuvre et ça vieillit extrêmement mal.

Considérant la multitude d’articles écrite sur la série, ses problématiques et le rôle positif qu’elle aura pu jouer pour certaines, je me permets de croire que je peux facilement skipper cette critique… et aussi éviter le supplice que serait l’écoute de la télé-réalité qui s’en ait inspiré: The Real L Word

Je ferai plutôt une liste d’articles classées par sujet/aspect que je pourrais mettre à jour avec vos suggestions. Puis, lorsque j’aurai le cœur et l’énergie, j’écrirai mon Ode à Jenny.  ♥

Restez connectées pendant les prochains jours pour voir les premières critiques.

Souffrir et culpabiliser

TW: suicide, dépression, violence

J’ai atteint un point de narcissisme nécessaire. Ça me fâche d’être rendu à ce point-là, je culpabilise.

Ça faisait un bout que ma santé allait en dégringolant mais que je ne parlais pas, parce que les autres vivent de la déprime d’automne, alors j’écoute. Puis, y’a eu le suicide d’une personne près d’une presque majorité ami.e.s et connaissances. Je ne sais pas si je l’ai déjà croisé, je ne le connaissais pas personnellement. Mais son décès m’a frappé, comme chaque fois que quelqu’un.e meurt suite à la dépression et à la souffrance psychologique, la souffrance invisible.

Ça me «trigger» de plusieurs façons.  La principale, c’est par rapport à moi, à tou.te.s celleux qui souffrent en silence, ou celleux qui crient leur souffrance, mais que personne n’écoute. De voir des gens ébranlé.e.s, voire surpris.e.s, ça me fait perdre foi en l’humanité à chaque fois. Ça me fait penser à comment je serais en tabarnak de voir ça arriver de là-haut, de voir que ma douleur devient celle des autres seulement une fois trop tard. De voir que ma douleur devenir un événement tragique dans la vie d’autrui, de voir certaines personnes fâchées de les avoir «abandonné.e.s», alors que si je me rends jusque là, ce sera pas parce que j’aurai «gave up on life» mais parce que «life» aura «gave up on me».

Je me suis éloignée des gens, pendant le gros de leur deuil, je ne pouvais simplement pas supporter. Ça dépassait toutes mes limites de devoir être là pour elleux, de parler comment iels ont écrit à autrui pour leur dire qu’iels ne voulaient pas qu’iels meurent, qu’iels seraient là pour elleux… pendant que j’exprime m’a souffrance en poussant des cris sourds qu’on n’entend pas, alors que j’essaie de nommer mes limites et qu’on me reproche de ne pas être là… alors que j’essaie simplement de me protéger et de m’acharner pour qu’il n’y ait d’autres funérailles avant les Fêtes.

Ça m’insulte, ça me fâche, ça me blesse et ça m’écrase dans une solitude et un silence encore plus destructeur.

Puis, j’ai laissé le temps passer, en me disant que je laisserais la place aux gens de vivre leur deuil, que mon tour viendrait, éventuellement, qu’on pourrait parler de moi.

Et là, y’a eu les événements à Paris. L’hypocrisie mondiale. C’est bête ce que je vais dire, mais c’est là que j’en suis rendu: ça m’a simplement faite chier parce que y’a toujours un événement tragique qui arrive, y’a toujours quelque chose d’autre dont il faut jaser, je dois toujours être reléguée au rôle d’oreille et je suis simplement épuisée, vidée… j’en peux plus. Y’a eu que ça pour moi, en 2015.

C’est horrible d’en arriver-là, de culpabiliser, d’être presque jalouse de la souffrance des autres, parce qu’elle est visible, parce qu’elle est prise en compte, parce qu’elle est comprise, parce que c’est accepter de la partager en publique, parce que ça passe pas pour du chantage émotif ou de l’hypersensibilité….

Too soon ?

… ou too late, c’est selon.

Et j’avoue que j’y ai pensé, de mettre fin à tout ça, c’te souffrance de marde. Puis j’ai pensé à comment peu importe ce qui m’arrive, ça sera toujours un événement tragique pour les autres, ça sera jamais à propos de moi, et ça, c’est probablement le plus dur à gérer. J’veux pas être une histoire qui arrive aux autres, criss, que ma souffrance invisible devienne leur souffrance visible.


What’s next? Hôpital? Centre de crise? On verra. Mais bon, j’avais besoin de visibiliser tout ça. Qu’on me trouve lourde, j’en n’ai plus rien à chier. Fuck toute.

Nomade

Nomade